A l'imparfait

Parce que personne n'est parfait, pour arriver à pardonner, pour pouvoir me libérer

samedi 5 août 2006

Mon Miracle

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Les deux mois qui suivirent passèrent très rapidement.

Je dormais beaucoup, dans ma jolie chambre vert amande.

Lorsque je m'éveillais, mon regard allait instinctivement à l'emplacement que j'avais prévu pour le lit de ma fille.

J'imaginais un tout petit lit avec un rideau de princesse auréolant délicatement son visage d'ange reposant sur un minuscule oreiller blanc bordé de dentelle.

Comment serait-elle?

Crierait-elle beaucoup?

Serait-elle exigeante?

Arriverais-je à l'allaiter?

Arriverais-je à être une bonne mère?

Avec tous les livres et les magazines sur la maternité et l'éducation que j'avais dévorés, je n'avais que la technique, ne me restait plus que la pratique…

J'avais déjà une idée des erreurs de mes parents que je ne reproduirais pas.

Je souhaitais qu'elle reste libre de ses choix, tout en ayant conscience des barrières qu'il n'était pas préférable de franchir.

Avec la maigre expérience du monde extérieur que j'avais, je craignais de ne pas savoir lui donner suffisamment d'armes pour se défendre.

Je me sentais parfois si jeune et immature face à une si grande responsabilité!

Je doutais de moi, mais de le reconnaître me donnait un atout supplémentaire pour réussir.

Je savais que je ne serais pas une maman parfaite, mais je saurais l'admettre pour me corriger.

J'avais à l'esprit que je grandirais en même temps que mon enfant.

Et je ferais tout pour la rendre heureuse et épanouie.


Mes journées étaient rythmées entre l'infirmière qui venait me faire les piqures, mes petits frères qui allaient et revenaient du collège, mes parents qui partaient au travail, ma maman qui revenait le plus souvent possible pour voir si tout allait bien…


Je n'avais le droit de me lever que pour aller aux toilettes et pour me laver.

La télévision me lassait, alors je dormais le plus possible pour que le temps passe plus vite.

Je me sentais si seule…


Puis arrivée au huitième mois, on arrêta le traitement d'hormones de grossesse et j'eus enfin l'autorisation de sortir marcher un peu chaque jour.

Le bébé était viable désormais, le risque d'accouchement prématuré était écarté.

Je repartis à la conquête du métro.

Je me reconnectai à tous ces voyageurs nonchalants, leurs têtes dodelinantes au gré du tangage de la rame filant à toute allure.

Les stations qui défilaient, la foule qui entrait et sortait, les joueurs d'accordéon, les quêteurs mendiants avec leurs discours désordonnés bien ficelés clamés de leur voix chevrotante qui se voulait plus forte que le bruit assourdissant de la machine…

Face aux regards distants et interrogateurs, je savais que mon ventre proéminant choquait.

Je bravais leur impertinence, je provoquais par ma présence.

Un jour une femme me demanda mon âge "sans indiscrétion"; je lui répondis "17 ans" avec un large sourire.

Interloquée, elle m'avoua qu'elle ne me donnait pas plus de 15 ans.

Je compris mieux toutes ces attitudes réticentes.

Mais cela m'était égal.

J'assumais.


Plus les jours passaient et plus ma peau se tendait à l'extrême.

Je me demandais si je n'allais pas exploser en découvrant chaque jour de nouvelles fissures violacées zébrant mon ventre douloureux.

Mon bébé grossissait et je pouvais compter ses doigts au travers de ma peau fine couleur ivoire.

Il me tardait d'accoucher, j'étais impatiente de mettre au monde ce petit miracle.

L'accouchement en lui-même me semblait être un moment unique dont je devrais vivre chaque seconde le plus intensément possible.

Je ne craignais nullement la souffrance que cela risquait d'engendrer, car je connaissais le calvaire enduré par le petit être au moment des contractions.

Je me conditionnais en me répétant que le bébé souffrirait plus que moi.

J'observais pendant des heures les illustrations de mon livre sur la délivrance.

Je connaissais par cœur toutes le étapes, ce qu'il fallait faire et ne pas faire.

J'étais prête…

Mais toujours rien…

Le neuvième mois était bien entamé et de nombreuses fausses alertes avait dérangé ma famille de leur train-train quotidien.

Chaque fois nous rentrions bredouilles et moi de plus en plus lassée de cette attente.

Un jour représentait une semaine, une semaine un mois, un mois un an!

C'était si long…


Pour me changer les idées, Maman m'emmenait faire les boutiques, nous fîmes quelques petites folies devant certaines minuscules robes…

Puis je donnai enfin le feu vert pour aller acheter le berceau.

Papa, tout fier, m'accompagna et nous revînmes avec une poussette, une table à langer, encore d'autre habits… Mais surtout le petit nid que je m'imaginais depuis le début: avec un ciel de lit, une parure raffinée soulignée de dentelle, le tout blanc comme les ailes d'un ange…

Quelle cérémonie j'ai vécu à faire tendrement pour la première fois le petit lit de mon bébé!

Je ne me lassais pas de le contempler, m'imaginant ma toute petite fille dormant entre ses draps de princesse…

Je déposais, petit à petit, de plus en plus émue, un mouton tout doux, un ours bleu, une poupée de chiffon rose...


A partir de là, une effervescence s'empara de mes parents qui me fit beaucoup rire et me redonna du baume au cœur: presque chaque jour ils revenaient à la maison avec une multitudes de petites choses pour le bébé, c'était noël à chaque fois!

Tout était presque prêt, j'étais plus que prête…


Un jour, en fin d'après-midi, une envie de Big mac insurmontable me submergea.

J'allai chercher Marc dans sa chambre et l'invitai au Mac Do.

Amusé, il me suivit dans la rue et nous marchâmes les 500 mètres qui nous séparaient de mon fast-food préféré.

Nous nous assîmes à une table et tandis que je dévorais mon sandwich tout en discutant, je ne prêtai pas attention aux nombreuses contractions de plus en plus douloureuses qui vrillaient mon pauvre ventre.

Soudain une douleur immense m'électrocuta.

Inquiet, Marc s'arrêta de parler devant mon visage grimaçant.

Je lui dis sans conviction:

"Heu, je crois que c'est le moment!

-Tu en es sûre? demanda-t-il, les yeux écarquillés.

-Ben oui, j'en ai une toutes les 10mn à peu près et ça dure depuis ce matin, mais j'en ai marre des fausses alertes, alors je n'ai rien dis, je pensais que ça passerait…

-Bon, aller, on rentre à la maison et on appelle Papa."

Il prit mon bras et je me levai, mais une autre contraction me bloqua.

Je restai figée, le temps que ça passe.

Je su à cet instant précis que ce n'était pas une fausse alerte.

Etrangement, j'étais comme sur un nuage, je ne me sentais pas marcher, mon frère me soutenait, mes pieds ne touchaient plus terre: j'allais donner la vie!

Un sourire béat sur les lèvres, m'arrêtant tous les 50 mètres, mon ventre durcissant, Marc angoissant, le chemin fut long.

Un coup de fil au travail de mon père, et il fut là en moins de 20 minutes.

Ma mère devait nous rejoindre à l'hôpital...

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          Aux urgences, on me mit sous monitoring immédiatement, mais je commençais à douter, à tous les coups, c'était encore une fausse alerte…

Maman entra dans le box, le visage inquiet.

Je fus rassurée de la voir à mes côtés.

Je lui avais demandé de m'accompagner tout le long de l'accouchement et de voir sa petite fille venir au monde.

Très touchée de cette requête, elle m'avait assuré qu'elle resterait et me soutiendrait jusqu'au bout.


Il était 18 heures, la sage femme m'annonça que le travail avait bien commencé.

J'étais surexcitée! Maman aussi…

On m'attribua une chambre, et l'attente commença.

Chaque contraction, je la chronométrais, la mesurais, inspiration, expiration…

Je demandai à Maman de me raconter encore une fois tous ses accouchements.

Les yeux brillants, entrecoupée par les contractions, attendons que ça passe… Elle me conta merveilleusement comme c'était beau de donner la vie!

Ma naissance fut ressassée dans les moindres petits détails…

Je me délectais, je commençais à avoir sérieusement mal, mais j'étais détendue.

Après un ultime examen, la gynécologue décida de m'envoyer en salle de délivrance...


Sur le brancard qui m'emmenait, ma petite Moune ne lâcha pas ma main.

Elle ne voulut pas sortir au moment de la péridurale, mais en apercevant la longue aiguille derrière mon dos, elle tourna de l'œil et il fallut qu'elle sorte, toute désolée!

Le produit magique une fois mis en place, je sentis presqu' instantanément les douleurs disparaître.

"Quel produit formidable!" je m'exclamai reconnaissante.

Maman de retour, sa main dans la mienne, je fermai les yeux et me laissai bercer au rythme de mon ventre qui durcissait et de petit bébé qui remuait de protestation.

Il était 23 heures…


Je n'eus plus la notion du temps à partir de ce moment-là.

J'étais comme assommée.

Maman sortait de temps en temps, je le sentais lorsqu'elle lâchait tout doucement ma main moite et qu'elle la reprenait par la suite délicatement.

Puis à 3 heures, elle appela l'infirmière.

Ce remue-ménage me sortit légèrement de ma léthargie.

"Elle est brûlante, vous ne trouvez pas?

-Attendez, on va prendre la température… 4O°C! Heu… Attendez, j'appelle le médecin!"

Je sentis que l'on m'installait l'appareil à tension, on remua mon corps, puis dans mon sommeil lourd, la voix de la sage femme me parvint:


"Stella, écoutez-moi bien, vous allez commencer à pousser, votre bébé est prêt à sortir, vous m'entendez?

Les yeux toujours clos, la main de Maman serrant la mienne, une lueur sombre à l'horizon de mes jambes, j'acquiesçai.

Et je poussai.

De toutes les forces qui me restaient.

Je m'imaginai le petit bout de vie descendant le long d'un tunnel noir avec la lumière au bout.

Je voyais le même tunnel, avec la même lumière au bout.

J'étais elle, elle était moi.

Compagnes de souffrance diffuse, complices de la vie, ensemble face à cette épreuve, dans l'attente impatiente de notre récompense de se serrer l'une contre l'autre.

Je ne repris plus mon souffle, je poussai. Pour qu'elle puisse enfin prendre le sien.

Ma tête prête à exploser, le temps fut suspendu l'espace d'un interminable instant.


J'ouvrai enfin les yeux face à cette lumière devenue aveuglante et respirai violemment, tandis que l'on déposait sur mon ventre flasque cette petite chose toute chaude.

"Mon bébé, mon bébé, mon bébé! ne cessais-je de répéter. Elle est toute bleue, elle est bleue! Elle est bleue, est-ce normal?"

Ils coupèrent le cordon immédiatement, ce lien encore physique me reliant à elle et tandis que j'osais enfin poser ma main sur sa petite tête garnie de cheveux noirs et bouclés, on me l'arracha.

On me l'enleva.

Inquiète et angoissée je ne sus prononcer qu'une phrase, la gorge totalement nouée:

"Elle ne respirait pas… Va voir Mounette, va voir ce qu'il se passe!"

A regret, elle laissa ma main et dans un dernier regard, se précipita à la suite de la cohorte de blouses blanches.

Il était 5 heures 20.

J'avais mis au monde ma fille.

Et elle n'était pas dans mes bras.

Respirait-elle enfin?

Souffrait-elle?

J'aurais tant voulu me déchainer de tous ces tuyaux et courir la voir

La prendre tout contre moi, lui souffler doucement de ne pas avoir peur, que j'étais là.

Les jambes encore écartées, j'eus froid.

Un frisson glacé s'empara de moi.

Je tremblai de désespoir.

Des larmes glacées elle aussi coulaient sur mes joues.

Je voulais mon bébé…

L’aiguille de l’horloge face à moi s’arrêta, la goutte de la perfusion branchée à mon bras se suspendit dans le vide, immobile, les oiseaux se turent, plus un bruit dans le couloir, même le sang qui vrillait mes tempes se fit silencieux.

Mes yeux rivés sur la porte, mon cœur en apnée, j’attendis. Le signe, le signal, le départ : un cri ?

Maman entra précipitamment et, à son sourire et ses yeux brillants, le tic-tac du temps repartit, mon sang brûlant consuma mes veines gelées, une vague de colombes illumina le ciel, tandis que je laissai avec délice envahir mon âme de joie.

Un bonheur indescriptible, inconnu, tellement puissant qu’il gonfla mon cœur au point de le faire exploser.

        « Elle est si belle, elle a les yeux grands ouverts, elle est si calme, elle ne pleure pas, elle respire, elle respire enfin ! Ils l’ont réanimée, tout va bien, tout va bien ! »

La voix de ma petite Moune ne m’avait jamais semblée aussi douce, elle caressait littéralement ce merveilleux moment.

J’étais Maman à mon tour, son bébé avait fait un bébé… Elle paraissait exténuée, mais tellement soulagée !

Elle recouvrit mes jambes, puis la sage-femme revint, me rassura en une seule phrase :

« Tout va bien, elle pèse 3,120 kg, pour 48 cm, c ‘est une magnifique petite fille, toutes mes félicitations ! Maintenant on va faire la délivrance puis vous pourrez lui faire un câlin. La grand-mère peut aller assister au bain, à tout à l’heure madame ! »

Je ne sentis rien lorsqu’elle me piqua le bras pour me re-perfuser (mon autre bras était bleu et enflé car la veine avait dû lâcher dans la bagarre), je ne sentis rien lorsqu’ils m’appuyèrent sur le ventre, je ne sentis rien lorsqu’ils raclèrent l’intérieur de mes entrailles pour être certains que mon utérus mal fichu ne renfermait aucun autre caillot. Je les apercevais face à moi dans le reflet du carrelage mural. J’étais étripée dans la brillance de ces carreaux trop bien astiqués. Mais les reflets me mentaient, je le savais. Je venais de mettre le trésor le plus précieux au monde. J’étais purifiée, lavée. Toute la laideur et l’horreur qui m’hypnotisait là, entre mes genoux ne m’atteignaient pas. Mon corps coupé en deux à partir de la taille. J’entendais le boucher expliquer ce qu’il faisait, mais ne l’écoutais pas. Je ressentis une douleur atroce, mais ce n’était pas la mienne, c’était celle de « l’autre », celle aux chairs qui pendent, celle qu’on avait déchirée comme on arrache la tête à une poupée désarticulée, celle-là, ce n’était plus moi. J’étais une Maman, il fallait que je mérite le petit être qui était dans une pièce, là, quelque part pas loin et que j’allais enfin pouvoir serrer dans mes bras quand ils en auraient fini avec « l’autre ». Je voyais cette main gantée monter et descendre avec cette énorme aiguille qui lacérait une dernière fois ma fierté, je me le jurai intérieurement si fort que mon ami le pigeon m’entendit. Il se posa sur la fenêtre, dans le soleil levant et me chanta ma nouvelle vie qui commençait enfin, ma vraie vie. Soudain il s’envola, son battement d’ailes me fit sursauter. Ils avaient fini, je n’aurais plus besoin de lui.

Puis vint l’attente. Ils étaient tous partis, l’autre aussi. Mais je n’étais pas seule. Je ne serais plus jamais seule, ma petite fille respirait, je le sentais à chaque bouffée de cet air nouveau qui remplissait mes poumons avec douceur. La fatigue m’envahit, mais je me forçai à garder les yeux ouverts, je ne voulais surtout rien perdre de ce moment tellement intense. Cette attente qui me parut cent fois plus interminable que ces 8 derniers mois… Je scrutai cette pendule dans les moindres détails, la trotteuse un peu tordue, les chiffres noirs n’indiquant rien d’autre que mon impatience grandissante.

La porte s’ouvrit enfin lentement, laissant apparaitre le visage de ma Maman, toute heureuse, avec une multitude de détails sur mon petit bébé…

« Elle a plein de cheveux, ils sont noirs, elle a de si grands yeux, elle regardait tout autour d’elle, patiemment elle les a laissé la manipuler dans tous les sens, ils lui ont fait plein d’examens, et à la prise de sang, elle n’a rien dit ! Qu’elle est sage, elle est si belle ! Elle te ressemble, les même cheveux bouclés, elle est parfaite !..... »

Avant même que j’ai eu le temps de réaliser que l’infirmière qui entra, portant un petit paquet enveloppé dans une couverture rose, elle était là, dans mes bras, tout contre moi… Avec un bonnet blanc, des grands yeux noirs, un petit bout de nez retroussé, une jolie bouche en bouton de rose, des petite joues tendres, deux minuscules mains avec des doigts immenses et fins, des petits bras s’agitant doucement, une petite voix avec plein de petits soupirs… Je pus enfin respirer son odeur, l’odeur la plus délicieuse au monde. La petite fille la plus magnifique de la terre entière ! Les larmes roulaient sur mes joues, mais je m’interdis de cligner des yeux pour éviter de la réveiller…

Puis il fallut que je la laisse partir, il fallait la mettre en couveuse car elle avait du mal à se réchauffer… Je la regardais s’éloigner dans un sanglot étouffé, puis je persuadai Maman de rentrer se reposer.

Je revins à mon horloge, et malgré mon épuisement, je continuai de regarder les secondes égrainer mon attente.

J’avais accouché à 5h20, on m’amena enfin dans ma chambre à midi. Une femme était dans le lit d’à côté. Son bébé hurlant dans les bras. Son mari. Ses parents. Les parents de son mari. Le frère de l’oncle des parents de son mari. Le fils de la voisine et du voisin. Je me demandai si le chien n’allait pas bientôt débarquer.

Elle me regarda bêtement et me demanda pourquoi j’étais là.

Je lui répondis la même chose que vous.

A leur tête à tous, je compris que j’avais l’air trop jeune pour avoir réussi le même exploit qu’elle !

L’infirmière vint changer ma perfusion à 13h et je lui demandai où se trouvait mon bébé.

« Le pédiatre va venir vous voir, là il faut vous reposer, dormez un peu, vous avez eu beaucoup de fièvre, on vous a mis sous antibiotiques.

-Mais mon bébé va bien ?

-Le pédiatre va venir vous voir. »

Et elle sortit sans se retourner.

Ma voisine de lit, son bébé au sein, me regarda avec pitié. Elle m’énerva. L’infirmière aussi. Cette chambre, ce lit… Ce n’était pas ma place.

Je m’assis et réprima un cri de douleur… Je ne pouvais pas m’assoir ! Je glissai tant bien que mal hors du lit, et chancelante, tirant ma perf derrière moi, sortis pieds nus dans le couloir sans écouter l’autre bonne femme qui baragouinait quelque chose du genre il ne faut pas se lever vous allez tomber je vais sonner.

Le pédiatre. Il devait être en pédiatrie. Je devais trouver la pédiatrie. Ce couloir me parut interminable, j’eus l’impression que j’étais perdue dans une forêt sans arbres, mais que la lisière n’était plus loin.

PEDIATRIE. Enfin. Je poussai la lourde porte, puis me dirigeai vers une autre porte derrière laquelle j’entendis des pleurs. Des bébés. Une multitude de berceaux. Mais ma petite n’était pas là.

Dans une pièce au fond, j’entraperçus les couveuses. Il y en avait 4. 

Je me rendis droit sur la dernière.

Mon tout petit bébé était là.

Je le reconnus de suite.

Je vérifiai malgré tout son nom sur la pancarte, c’était bien elle !

Mes deux mains plaquées contre la vitre, le souffle court, je la contemplai avec émerveillement.

Je ne vis pas de suite le tuyau qui sortait de sa bouche, les électrodes énormes placées sur sa minuscule poitrine, la perfusion placée dans une veine de sa tête, ses petits cheveux qui avaient été rasés à cet endroit.

Je scrutai la moindre de ses respirations, comme si c’était la dernière…

Posté par Tochetoche à 14:45 - Livre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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