samedi 1 octobre 2005
Présentation
Bienvenue sur mon espace!
Pour les nouveaux, j'explique la règle: voilà, j'écris un roman inspiré de faits réels: ceux que j'ai vécus.
J'ai décidé d'en publier une partie, afin d'avoir vos avis et vos réactions.
L'occasion idéale pour ouvrir des débats enrichissants et plein de rebondissements.
N'hésitez pas à laisser des commentaires, chaque visite compte, chaque opinion m'intéresse.
Je vous envoie plein de gros bisous et bonne lecture!
dimanche 2 octobre 2005
Rien ne sera jamais plus comme avant
Enceinte... Je suis enceinte!
Mon test à la main, assise sur les toilettes, je n'en croyais pas mes yeux. Je le voulais tellement fort que je ne pensais pas que la vie me ferait un tel cadeau. Car elle ne m'en avait pas fait jusqu'à présent.
Je me suis jurée à ce moment-là de donner à ce petit être tout ce que je n'avais pas reçu, histoire de me prouver que l'idéal de vie dont je rêvais pouvais exister; que tout cet amour que j'avais donné et qui avait été piétiné par la violence et l'indifférence ne s'était pas endormi au fin fond de mon chagrin. Je n'aurais plus rien à craindre désormais: le petit être qui allait grandir dans mon ventre me rendrait forte, purifierait mon corps meurtri, apaiserait mon âme blessée.
Revenue à la réalité, il fallait que je l'annonce aux autres.
Dans le couloir, deux directions, mais la première que je pris fut celle de la cuisine où se trouvait ma maman.
Elle lut la joie et l'excitation sur mon visage, nous nous mîmes à sauter de joie, elle avait compris. Elle savait que c'était ce que j'attendais depuis un petit moment déjà.
Pour Maman, l'annonce d'une naissance a toujours été une source de joie.
Elle avait donné la vie six fois et elle avait toujours rayonné dans son rôle de mère.
Aimante, douce et courageuse, elle s'évertuait à ce que tout soit parfait.
Elle faisait très attention à ce que nous nous sentions tous bien.
Régulièrement, elle me prenait à part et s'inquiétait de savoir si j'étais heureuse, si tout allait bien…
Timide et introvertie, elle avait peur de tout, des gens, des malheurs qui pourraient nous arriver.
Si on était joyeux, elle souriait, si on avait du chagrin, c'était la fin du monde...
Puis je partis le dire à Christophe, mon petit ami.
Devant sa console de jeu, lachant sa manette, il se leva, un grand sourire sur les lèvres et me pris dans ses bras, ça faisait des semaines qu'on attendait cet instant!
18 ans, un visage d'ange, fou amoureux de moi, mais je "subissais" son amour, je ne ressentais pas des sentiments aussi forts et j'en étais consciente, mais j'avais fait le pacte avec moi-même de me marier avec lui, malgré tous mes doutes, le pourquoi, tu le sauras par la suite....
La seule chose qui me consolait c'est que j'étais certaine qu'il ne réalisait pas le malaise que je vivais...
Maman l'annonça à mon père pour moi. Je ne voulais pas voir sa réaction.
"Comment ça??
Elle attend un enfant?
A 17 ans!!!
Mais elle est totalement inconsciente!!!
Ce n'est pas avec leurs petits boulots qu'ils vont subvenir aux besoins d'une quelconque progéniture!
Je te l'avais bien dit qu'il ne fallait pas héberger Christophe sous prétexte que sa mère l'avait fichu à la porte!
Bon soit, on a pu garder un œil sur eux, mais de là à forniquer sous mon toit??
Quel manque de respect!
On va se faire excommunier de l'église, que vais-je dire à l'évêque, moi maintenant!
Notre réputation est fichue!"
Comme d'habitude, Maman ne lui en tint pas rigueur, elle savait qu'il finirait par s'apaiser et qu'il accepterait la situation...
"C'est bon ma chérie, NOUS sommes de tout cœur avec toi, NOUS te soutiendrons quoi qu'il arrive, ne t'inquiète surtout pas, NOUS t'aimons!"
Incapable de dire en face ce qu'il pensait, incapable d'exprimer ses sentiments qu'il soient bons ou mauvais, tel était mon père...
Lunatique, des sautes d'humeur imprévisibles; parfois pour des choses graves il ne réagissait pas, que pour des évènements totalement bénins il explosait tous ceux qui l'énervaient.
Quinze jours plus tard, ma tante est venue nous rendre visite avec ses deux fils.
Le plus grand des deux était terrible à l'époque et face à mon petit frère Jonathan, le courant ne passait pas du tout.
Ils passèrent toute la matinée à se chamailler, ils criaient, s'énervaient.
Ma tante et ma mère, tellement heureuses de se retrouver, n'y prêtaient pas attention.
Voyant les choses s'envenimer, oubliant mes nausées, j'entrepris de stopper tout ce chahut quand au même moment, mon père apparu, l'expression de son visage ne présageant rien de bon.
Il se ruât vers Jonathan, l'empoigna rageusement par le bras, et disparût avec lui dans son antre.
Son regard avait glacé mon sang en quelque secondes, ce rictus mauvais qu'il avait toujours eu sur son masque de bourreau lorsqu'il s'apprêtait à nous infliger une sentence bien méritée.
Jamais il n'avait violenté mon petit frère, et cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas énervé.
La terreur s'empara de moi rien qu'à l'idée de ce que Nathan risquait de vivre dans les prochaines secondes!
Pleines d'images atroces défilèrent dans ma tête, retraçant les horreurs que j'avais subies étant petite...
Son visage rouge de haine, sa fureur le faisant trembler: j'avais chaque fois l'impression de subir un véritable tremblement de terre.
Sachant ce qui attendait mon petit frère, je devins hystérique, j'hurlais de toutes mes forces: "Il va le tuer! Il va le tuer!"
Ma mère et ma tante accoururent, surprises par mes cris.
Je tendis le bras vers la chambre où ils venaient de disparaitre en suppliant ma mère de l'arrêter.
Elle comprit immédiatement et fonça sur la porte, l'ouvrit à la volée et arracha mon petit frère de sa poigne de fer qui était en train de le secouer comme un prunier.
Elle lui dit calmement de sortir de la pièce.
Je m'étais réfugiée dans ma chambre, auprès de Christophe, espérant un peu de réconfort, il essaya de me calmer, sachant que je risquais une crise de spasmophilie à trop m'énerver.
La porte était restée ouverte et je l'aperçus planté là, dans la pénombre du couloir.
Une seule envie me vint à l'esprit: claquer ma porte et ne plus le voir, ce bourreau immonde qui m'avait foutu en l'air mon enfance, qui m'avait étouffée sous des oreillers pour que Maman n'entende pas mes cris lorsqu'il m'assenait des sentences injustes dans la nuit sous prétexte que j'avais fait encore et toujours des bêtises dans la journée.
Je ne pouvais jamais savoir quand ça allait me tomber dessus, car il ruminait toujours sa vengeance suite à mes impairs, cela pouvait tomber le lendemain, la semaine d'après…
Je ne parvenais à m'endormir qu'une fois certaine qu'il s'était couché.
La peur au ventre, j'écoutais le cœur battant le silence de la nuit, puis une fois que ses ronflements me parvenait au travers des murs, je pouvais enfin fermer les yeux, espérant ne pas me réveiller en sursaut, croyant avoir entendu un bruit.
J'ai toujours haïs la nuit, la peur du noir me terrasse encore et toujours...
Si seulement je pouvais claquer la porte à tous ces souvenirs insoutenables, claquer la porte à mon enfance, claquer la porte à ma souffrance!
J'eus l'audace de le regarder droit dans les yeux puis je claquai cette porte de toute ma rage; avec cet espoir fou que ça résoudrait mon malaise.
Cela fit sursauter Christophe.
Quelques corbeaux s'envolèrent de mon cerveau, effrayés, mais libres.
J'étais en train d'analyser si je me sentais soulagée ou pas, lorsqu'un ouragan s'abattit sur moi, me jeta sur mon lit, et à genoux sur moi, commença à me frapper le visage.
Ce n'est qu'à ce moment-là que je réalisais ce qui était en train de se passer.
Mon père en furie me défigurant de ses poings et le père de mon enfant me tirant par un bras en gémissant: "Arrêtez, arrêtez!"
Mais dans ses moments-là rien ne l'arrêtait, rien.
J'essayai de crier, mais un son rauque sortit de ma gorge nouée par la douleur.
Mes jambes brassaient le vide, ne parvenant pas à le repousser.
Humiliée, je portais ce jour-là une jupe assez courte et dans la bagarre elle était remontée jusqu'au niveau de ma taille. Subir ça fut pire que les coups en eux-mêmes.
"Je n'ai pas entendu la porte s'ouvrir, je n'ai pas entendu la porte!!": c'est la phrase qui martelait ma tête au point de m'assommer.
Ma mâchoire restais désespérément bloquée, mes oreilles sifflaient atrocement et les coups continuaient de pleuvoir, le tonnerre me grondait à la face que je n'avais que ce que je méritais, que ce que je cherchais…
J'attendais que la foudre m'achève, qu'elle vienne court-circuiter mon âme éclaboussée de violence, qu'elle brûle toute cette haine et cette injustice.
Il me sembla entendre les hurlements de ma mère, puis plus rien.
Lorsque je repris mes esprits, mon premier réflexe fut de baisser ma jupe.
Un gant humide glacé était appliqué sur mon front.
La voix de Maman me parvint de très loin.
Je ne parvenais pas à comprendre ce qu'elle disait.
Tout ce que je sais c'est qu'elle pleurait.
Portant les mains sur mon visage, je ne reconnus pas ce que je touchais.
J'eus la sensation d'avoir doublé de volume.
Mes yeux, mes joues, ma bouche, mes oreilles, tout était enflé.
Je bougeai mes jambes, mes bras, mes mains, mes pieds, apparemment tout fonctionnait correctement.
J'essayai de me redresser, tout mon corps était endolori et ma tête était lancinante. Je voulus voir le reflet du massacre.
Ma mère essaya de me retenir, mais je ne la regardai même pas.
Je haïssais tout le monde dans ces moments-là.
Surtout elle.
Elle qui lui pardonnait à chaque fois, ou du moins passait par-dessus, histoire de ne pas avoir d'histoires, histoire de tenir la promesse qu'elle avait faite le jour de son mariage, histoire de ne pas nous priver de père, histoire de vouloir vivre comme si tout allait bien, histoire de ne pas voir la réalité en face, car trop douloureuse…
Face à la glace, ma réalité me revint en pleine face et je devint de glace.
Des milliers de petits points de sang avaient remplacé ma peau qui par endroits était boursouflée ou bleue violacée.
Ma lèvre était fendue et du sang séché lézardait mon cou et avait collé mes cheveux sur ma nuque.
Comment surmonter ça?
Comment affronter les regards des autres?
J'aurais tellement voulu revenir en arrière, comment aurais-je pu l'éviter?
Je n'aurais pas dû claquer cette porte, je n'aurais pas dû protéger mon petit frère, je n'aurais pas dû m'en mêler.
Je n'aurais pas dû me lever ce matin.
Je n'aurais pas dû être sa fille…
Tête à claques…
Je l'avais bien cherché, je n'avais que ce que je méritais.
Je n'aurais jamais dû naitre et causer tant de chagrin chez ma mère et tant de rage chez mon père.
Briser ce miroir, casser ce reflet insoutenable, quitte à me taper 7 ans de malheur, peu importe.
Le front collé sur la glace, la colère monta crescendo.
Mais comment avait-il pu??
Il m'avait défigurée!
Tout ça pour avoir eu le culot de lui fermer la forte au nez!
Tout ça parce que sa fierté mal placée n'avait pas encaissé le choc!
N'avait-il pas compris que toutes les autres fois m'étaient revenues comme des mirages en plein ventre?
Son air mauvais, haineux, ce tonnerre qui grondait du fond de mes tripes chaque fois qu'il me cognait?
Il aurait pu avoir du remord de m'avoir effrayée de la sorte, se dire que ma réaction paniquée n'était qu'un des nombreux traumatismes gravés dans mon quotidien…
Pourquoi étais-je sa fille alors qu'il rejetait tout ce que j'étais, tout ce que je ressentais? Pourquoi ne pas s'arrêter une seconde, appuyer sur le bouton pause de la télécommande, voire retour rapide?
Et parler, oui parler, calmement, ou même en gueulant, mais parler!
Il aurait fallut qu'il me dise en face qu'il me détestait, qu'il ne supportait pas mes larmes, mes états d'âme, mon émotivité à fleur de peau…
Ou était parti ce père qui savait nous faire rire avec ses blagues drôlement bizarres, celui qui nous aurait offert la lune s'il avait pu, qui préférait faire des crédits plutôt que de nous priver de quoi que ce soit, qui aimait ces moments d'intimités volés à ma mère en nous emmenant secrètement au Mc Do, ou en nous achetant des trucs inutiles aux courses.
Lui qui aimait regarder les informations le soir, les sourcils froncés, face à l'actualité changeante; qui se passionnait d'histoire.
Qui avait toujours quelque chose à raconter, afin de meubler le silence, même la plus banale des chose, avec passion, il la transformait en quelque chose de cocasse.
Pardonner.
Face à lui le soir même, dans le salon devant le 20 heures, ne parvenant pas à monter le son de la télécommande, je baissai le mien intérieurement devant l'expression de douleur et de culpabilité que je perçus sur son visage anéanti de tristesse.
Ne pas parler.
Certaines choses se passent de commentaires, je voulais juste qu'il sente que je l'aime, effacer mon visage, face au sien torturé.
Mes bleus apparurent furtivement sur sa peau, l'espace d'un instant, suspendu dans un autre temps, dans une autre ère.
Telle fut ma vengeance, tel fut mon pardon.
Je le pris dans mes bras et d'un revers de la main, balayai toute ma rancœur pour ne laisser place qu'à mon amour pour lui.
Il me serra fort, je lui glissais furtivement à l'oreille "Je t'aime Papa".
Et dans un sanglot contenu, il répondit "moi aussi".
Cela valut à mes yeux tous les pardons du monde, et ça le vaut encore aujourd'hui.
Père sans point de repère.
Père sans connaitre son père.
Qui ne sait ni ce qu'il perd, ni ce qu'il sert.
Amer, il ne sait que faire.
Face à un désert, il se crée un enfer.
Pas d'exemple à suivre, peur de l'exemple qu'il donne.
Pas d'amour reçu, ignorance et perplexité face aux chagrins donnés.
Tant de questions sans réponses, détonateur de frustrations et de tabous.
Enchainé par son passé, la soupape de sécurité lâche parfois un long cri dans sa nuit.
Un cri sans bruit, étouffé devant la rage qu'il ne parvient plus à contenir.
Mon entrée dans la vraie vie
Je me terrai pendant plusieurs semaines, le temps que les stigmates de ce moment de violence disparaissent.
Effacer les traces, toutes les traces.
Tant dans mon âme que sur mon visage, tant dans son cœur que dans ses yeux.
Ce qui me choqua le plus, c'est la réaction de Christophe.
J'aurais voulu qu'il me protège, qu'il nous défende, moi et le bébé qui grandissait dans mon ventre.
Mais il avait peur de tout et de rien, de plus, il respectait mon père et ça m'énervais.
Tout ce qu'il voulait c'est que je lui appartienne à vie.
Un peu paumé, il avait de drôle de manières, sexuellement parlant.
Moi, toute jeune et naïve, 17 ans d'éducation stricte et religieuse, on m'avait enseigné que les relations sexuelles en dehors du mariage n'étaient pas acceptables.
Nous ne parlions jamais de sexe à la maison, je ne connaissais rien de mon intimité ni de la manière dont je pouvais fonctionner.
J'ignorais tout de la sexualité à proprement dit.
Le sujet étant tabou à la maison.
Les rares moments où j'aurais pu prendre un peu de bon temps en solitaire, même ça, c'était défendu par les lois de l'évangile.
Sous peine de se retrouver homosexuel, ce qui était terrible!!
Il m'était arrivé vers mes 14 ans de me toucher, mais je me suis sentie épiée, observée, par Dieu en personne.
Cela m'avait coupée toute envie de recommencer!
Tout ce qui était en dessous de la ceinture était sale, il ne fallait pas en parler.
Alors je laissais mon copain faire, je n'osais pas poser de questions, je donnais mon corps à sa pâture.
Et je fermais les yeux jusqu'à ce qu'il ait terminé.
Il me parlait d'orgasmes, et je découvris que lorsque je simulais le plaisir, il terminait plus rapidement le massacre qu'il causait dans mes entrailles...
Mes parents avaient accepté Christophe à la maison, car sa mère ne supportait pas de le savoir amoureux.
Elle lui avait laissé le choix entre moi ou elle, et il m'avait choisie.
Je voulais partir avec lui lorsque mes parents nous ont proposé de vivre ensemble chez eux.
Ils préféraient accepter la situation sous leur toit plutôt que de me savoir à la rue.
Nous nous étions connus au travail.
Je bossais au Mac Do, caissière puis hôtesse, j'aspirais à devenir Manager, je travaillais dur, passionnée par ce que je faisais.
Lui était là depuis plus longtemps , il était en cuisine et s'occupait de la maintenance.
Un peu fort physiquement, il ne m'attirait pas du tout.
Mais moi je lui plaisais terriblement.
Il avait toujours un compliment à me faire.
Il était drôle et je le considérais surtout comme un bon copain.
Il sentait que je n'avais pas confiance en moi et faisait tout pour m'encourager.
Puis vint un jour où une soirée fût organisée par le boulot.
Ce genre de soirée où je refusais toujours d'aller, car ça ne collait pas trop avec les valeurs que l'on m'avait enfoncées dans le crâne.
Mais je commençais à en avoir marre de passer pour une gamine, car ils pensaient tous que c'était à cause de Papa-Maman que je ne pouvais pas sortir.
Ce qui n'était pas entièrement faux.
J'inventai un gros mensonge comme quoi j'allais dormir chez une copine déprimée, puis je les rejoignis tous sur le parking du Mac Do.
Là, la répartition dans les voitures s'effectua, Christophe manœuvra habilement et je me retrouvai sur ses genoux tous serrés comme des sardines à l'arrière de la voiture d'un collègue.
Je le sentis heureux, il serra ma taille et pendant 2 minutes je m'imaginai être sa petite amie.
Mais non, ce ne pouvait être lui mon prince charmant: trop exubérant, il aimait se mettre en avant sans arrêt, tout était grâce à lui, il s'estimait indispensable à tous.
Il compensait son embonpoint et ses complexes en se vantant, espérant que les autres oublieraient, ne serait-ce que quelques secondes qu'il n'était pas beau.
Mais il avait beaucoup de charme, de chaleur, un rire comme une cascade, il n'était pas moche, mais ne rentrait pas dans les critères "standards" du prince charmant.
Moi je lui trouvais des yeux magnifiques, couleur myosotis…
Mais ça s'arrêtait là.
C'était juste pour lui trouver un bon côté, ne serait-ce qu'une petite qualité, histoire de le supporter toute la soirée!
J'eus pitié de lui, ce qui fit qu'il n'eut aucun mal à s'assoir près de moi dans le Pub où nous passâmes la soirée.
C'était la première fois que je rentrais dans un endroit pareil.
La musique faisait vibrer le plancher, les gens parlaient fort et riaient bruyamment.
J'eus une sorte d'appréhension, comme la peur qu'après cette soirée, plus rien ne serait comme avant.
Mais je mis ça sur le compte de la culpabilité de principe.
Je décidai de me lâcher une bonne fois pour toute, ceci étant ma première vraie soirée, une soirée normale avec des gens de mon âge, normaux et qui savaient s'amuser, eux.
M'amuser!
Etre normale!
Ils avaient tous l'air si heureux!
Bien plus heureux que toutes les mines coincées et renfrognées de l'Église...
J'avalai la première bière de ma vie. Je me souviens qu'elle avait comme un goût de fruits rouges.
C'est certainement pour cette raison que je la bût comme du petit lait.
Christophe s'amusait comme un fou, je le sentait fier d'être à mes côtés.
Il se penchait souvent tout près de moi et me demandait si je m'amusais bien.
Je pouvais sentir son souffle sur mes lèvres, plusieurs fois il aurait pu m'embrasser, mais je détournais la tête, faisant mine de ne rien voir.
Puis sous la table, il attrapa ma main furtivement.
Décontenancée, je la retirai, mais une autre bière plus tard, il la reprit, et je ne la retirai pas. Il la serra fort, nos paumes transpiraient, mais je sentis qu'il était si ému que je n'osais pas le contredire.
Il commanda plusieurs bières, je ne sais plus combien, car à partir de la première, j'étais déjà chiffon.
Je ne pouvais plus aligner un mot devant l'autre sans que tout le monde n'explose de rire.
Je n'ai jamais compris ce que j'avais dit de si drôle cette nuit-là!
Je ne me rappelle plus le nombre d'heures qui s'écoulèrent, probablement autant que de litres de bières bues…
Qui partit en premier, quelle voiture nous ramena?
Tout ce dont je me rappelle, c'est cette douce sensation de ses lèvres sur les miennes…
Nous étions le 1er mai vers 1 heure du matin.
Le lendemain, nous nous étions donnés rendez-vous et tout fier, il m'attendait, un brin de muguet à la main.
Il était tout heureux, tout amoureux, tout chamallow, tout miel!
Je lui ai raconté ma vie, il m'a raconté la sienne, j'aimais plonger dans ses yeux océan, il aimait me serrer fort contre lui.
Il me présenta à ses parents le jour-même, je fus la première petite amie à avoir été présentée, ce fut un évènement!
Mais je sentis de suite un malaise face à sa Maman, elle était tout l'inverse de la mienne et je n'avais jamais côtoyé une femme aussi autoritaire, sûre d'elle, en pleine réussite professionnelle, décidant de tout chez elle: elle m'impressionnait! Je l'enviais secrètement, je l'admirais...
De ce jour, nous sommes devenus inséparables, nous faisions tout ensemble, même travailler! Et lorsque nous ne faisions pas tout à fait les mêmes horaires, l'un attendait que l'autre ait terminé.
Nous flirtions toujours sur les quais de la gare, attendant mon RER.
Parfois, nous en laissions passer plusieurs avant que je m'arrache à lui pour rentrer (souvent en retard!)...
Je lui avais bien préciser qu'il était hors de question que je fasse l'amour avant de me marier, car c'était contraire à ma religion, il avait presque compris!
Je dis presque, car ses caresses se faisaient de plus en plus audacieuses, excusées par son petit rire coquin...
J'eus de plus en plus de mal à le repousser, car il savait comment attiser mon besoin d'affection et il prétextait qu'il m'aimait trop et qu'il avait envie de me le prouver.
Alors parfois je le laissais un peu trop faire...
Mais après j'avais honte en rentrant chez moi, je me lavais dix fois d'affilées pour tenter d'effacer mon péché!
Je le présentai à mes parents comme l'homme de ma vie, pour les rassurer, mais au fond de moi, je ne l'étais pas du tout...
Petit à petit, il grignotais un peu plus de mon innocence et petit à petit j'avais envie de goûter eu fruit défendu...
Il désirait un enfant de moi et je voulais un enfant tout court...
Alors nous décidâmes de franchir le cap, malgré mes interdits...
Ce fut un jour très spécial, un jour où je fus tellement mal à l'aise, qu'il échoua.
Nous sortîmes avec des collègues le soir même.
Bière après bière..., le dernier souvenir vague que je possède de mon baptême dans le monde réel est l'image de la carte bleue de Christophe introduite dans la machine du Formule 1 du coin...
Le lendemain matin, je me réveillai dans le brouillard.
Ma tête résonnait encore de toute cette musique.
Ce n'était pas mon oreiller, ce n'était pas mon lit.
J'étais nue.
Je sentis immédiatement des nausées monter en comprenant ce qu'il s'était passé.
Christophe ronflait à mes côtés, nu lui aussi.
J'avais mal.
Je m'assis, la tête lancinante et un nœud dans la gorge.
Sut-il au moins à quel point j'avais mal?
Qu'il avait salit mon âme à tout jamais?
Non, ce ne pouvait être possible, il ne savait pas le désastre que nous venions de commettre…
Je pris la décision solennelle que l'homme de ma vie, ce serait lui…
Je ne vis à ce moment-là que cette solution pour effacer mon sacrilège, celui de me retrouver nue, dans un lit d'hôtel aux côtés d'un homme que je connaissais depuis peu…
Il
fallait que je sois amoureuse de lui, que je le trouve beau, attirant,
que je trouve la moindre petite chose touchante en lui et que j'efface
tout le reste...
Je me sentais sale, j'avais des nausées, j'avais mal autant de l'intérieur que de l'extérieur.
Je me levai pour voir si une fois sur mes jambes je me sentirais vivante, puis surtout parce que je ne pouvais rester une seconde de plus dans le même lit que celui qui était sensé devenir mon futur mari…
"Pas de relations sexuelles en dehors du mariage!
Ne pas sortir avec un garçon non-membre de l'Église!
Ne pas boire d'alcool!
Ne pas mentir!
Mentir entraine tout un tas d'autres péchés!
Obéir à ses parents!
Ecouter son évêque ainsi que tous ses dirigeants, les commandements, la bible, Dieu!"
J'avais failli à toutes les règles en quelques semaines!
Mon expiation serait de devenir sa femme.
Peut m'importait s'il était bien, nul, beau, moche, gentil méchant, j'aurais tout fait pour réparer ma faute.
Bien des fois de part le passé j'aurais voulu remonter le temps pour réparer mes erreurs, mais à cet instant précis, la roue était tournée de manière irréversible.
Je savais que ma vie d'adulte venait de démarrer et que je venais de faire une "bêtise" d'adulte.
Le genre de délit qui mérite la prison de l'âme et aucune excuse, pas de pardon pour moi, non, pas de pardon.
Je porterais à vie gravé sur mon front "cette fille a forniqué avant le mariage, cette fille est une salope".
Je n'aurais plus qu'à baisser les yeux et courber les épaules sous leurs regards de travers et leurs critiques dans mon dos…
Heureux!
Il était tellement heureux!
Il aimait se pavaner sa main dans la mienne en ville, devant sa famille, nos collègues…
Il pensait que j'étais la femme de sa vie, je croyais que mon cauchemar durerait toute l'éternité.
Il savait parler aux gens, il savait si bien les mettre dans sa poche!
Il avait toujours quelque chose d'incroyable à raconter!
C'était épatant à un tel degré qu'on ne pouvait pas penser qu'il l'avait inventé!
Et pourtant si.
C'était la personne la plus mythomane qu'il m'avait été donné de rencontrer…
Il mentait sans arrêt.
Quand il arrivait en retard, il avait toujours une histoire toute prête.
Quand sa mère lui reprochait de ne pas l'avoir appelée alors qu'elle s'inquiétait, il possédait toute une batterie d'excuses plus ou moins insolites.
Il avait dépensé toute sa paie en jeux vidéos? Non! On lui avait volé son portefeuille.
Il était même capable de se faire un coquard pour faire plus authentique...
dimanche 16 octobre 2005
Prise de conscience
Je travaillais dur au Mc Do.
Je venais d'être promue hôtesse malgré mon jeune âge.
J'étais très fière, mon travail me plaisais et je me donnais à fond.
J'aimais servir les gens, leur parler.
Si je voyais une personne renfrognée, ma mission était de lui rendre son sourire.
J'étais comme un petit soleil envoyé en mission pour réchauffer les cœur dans un endroit où tout le monde était pressé, se bousculait, criait.
Mes collègues m'aimaient tous.
J'étais patiente, je ne m'énervais jamais, face aux insultes, je savais réagir avec diplomatie et politesse.
Je pensais que Mc Do était ma vocation.
Je voulais devenir gérante, donc pour cela, je m'investissais à cent pour cent.
A la base je voulais économiser pour entrer dans une école de stylisme, mais la vie active me plaisait tellement que je me voyais mal retourner sur un banc d'école...
Christophe était en cuisine.
De derrière le "bin" (endroit où on emballe les sandwiches), il surveillait tout ce que je faisais. Il était très jaloux.
Dès qu'il voyait un homme trop me sourire, j'avais droit à une scène le soir en rentrant.
La plupart du temps je ne me rappelais même plus des clients dont il me parlait.
Il croyait que je lui mentais, que je me moquais de lui.
Il s'imaginait que parce que j'étais trop souriante, j'allumais tous ceux que je rencontrais.
Cela m'ébranlait.
Il voyait le mal partout.
Mais il n'a jamais pu éteindre cette flamme qui m'animait et qui m'anime toujours; ni nuire à la mission que m'avait confié le soleil…
Tout le mal que l'on pouvait me faire, mon corps l'encaissait, l'emmagasinait, le conservait; mais ne pouvait le rendre.
Tel une immense éponge absorbant la laideur humaine, la grisaille, le tonnerre, le verglas, la bruine cinglante, le froid humide…
Tout ce qui glace, ce qui fait frissonner, sans jamais pouvoir se réchauffer.
Tout mon être intérieur stockait le mal, puis le transformait en amour, en sourires, en pardon, en patience…
J'étais en attente d'un monde meilleur et me disais qu'en donnant tout ce que je pouvais, j'aurais une chance que les choses changent un peu plus vite.
Je ne pouvais pas renier ce que ma maman m'avait enseigner: donner sans compter, aimer sans réfléchir, aider sans retour; car j'étais comme elle, je la comprenais.
Et elle me comprenait.
Elle ne savait pas ce que j'endurais avec celui qui était censé être l'homme de ma vie…
Je la rassurais constamment, lui faisant croire que j'étais très amoureuse et qu'il me comblait de bonheur.
Je savais que si elle apprenait l'enfer que je vivais, elle ne le supporterait pas.
Elle souffrirait encore plus que moi.
Je préférais la protéger le plus possible de toutes les choses laides et sales face auxquelles elle s'était toujours soustraite.
Elle préférait s'imaginer que dehors était aussi beau et pur que dans son cœur.
Et je tenais à ce qu'elle continue de croire à cette utopie.
S'il en était autrement je sentais que cela l'anéantirait...
Puis je me mis à me poser tout un tas de questions, si l'amour avec lui était comme ce que tous les couples standards font.
J'envisageais de passer le reste de mon existence avec lui, mais je me demandais si avec un autre, je ressentirais le même dégoût.
Tous les jours je prenais le bus pour aller à la gare et c'était souvent le même chauffeur.
Il était beau, mince, un petit côté rital avec sa peau mate.
Il était très gentil et j'avais l'air de lui plaire.
Souvent il ne me faisait pas payer et je restais à l'avant pour discuter avec lui de tout et de rien.
Puis un jour il se confia à moi à propos de sa copine qui venait de le quitter, il était triste et je lui sortis plein d'idioties pour lui remonter le moral!
Je lui confiai alors mes soucis et il me dit que si je n'essayais pas de faire l'amour avec un autre homme, je ne saurais probablement jamais si mes sentiments pour Christophe étaient sincères.
Et puis, je n'avais jamais eu d'orgasme, ce que j'avais envie de découvrir...
Une autre fois, il me donna rendez-vous après mon travail, Christophe devant travailler très tard, je partis avec mon conducteur de bus dans sa voiture...
Je me sentis très gênée, avec l'impression de faire l'école buissonnière.
J'avais ma tenue Mc do, je sentais la frite et j'avais les cheveux gras: bref, je devais ressembler à un épouvantail!!
Il chercha un coin retiré dans la ville voisine et il se gara dans un chemin en terre, au milieu des champs.
La nuit tombait et j'étais morte de trouille.
Pour le décourager, je lui annonçai que j'avais mes règles, mais ce n'est pas ce qui l'arrêta!
Il me demanda de descendre mon pantalon pendant qu'il avait déjà enlevé le sien.
Je retirai une de mes chaussures pleines de graisse et réalisai avec horreur que mes pied sentaient le chat crevé!
Je jetai discrètement la chaussure par la fenêtre, honteuse.
Je compris ce soir-là la différence entre "faire l'amour" et "baiser".
Ce fut très court (heureusement), l'étalon italien s'était bien vanté sur ses mérites au lit, mais dans une voiture, il perdit de sa superbe: ridicule le monsieur!
Soudain on entendit du bruit. Deux promeneurs avançaient vers nous!
Panique à bord! Le don Juan enfila son jean plus vite que l'éclair tandis que je couvris tant bien que mal ma nudité avec ma chemise.
Arrivés à notre hauteur, goguenard, l'un d'entre eux nous signala qu'une chaussure se trouvait à terre...
Mortifiée, je le remerciai poliment et attendis qu'ils s'éloignent avant de me rhabiller et de récupérer ma pauvre chaussure errant lamentablement dans l'herbe.
De retour chez moi, je filai dans ma chambre sans un mot, pris une quinzaine de douche et me décidai à tout raconter à Christophe dès le lendemain.
Il m'aimait tellement qu'il pleura, mais me pardonna...
Je me sentis soulagée de lui avoir dit, mais inconsciemment, j'aurais été beaucoup plus soulagée
qu'il s'en aille...
Puis je suis tombée enceinte...
Malgré mes angoisses et mes doutes, je me sentis plus forte que jamais, plus heureuse que jamais...
Le premier mois de ma grossesse, je l'ai passé à essayer de réaliser.
J'écoutais mon corps, je m'observais de longues minutes devant le miroir de la salle de bain, voir si mon ventre changeait, s'il grossissait.
Puis vinrent les nausées matinales.
Chaque réveil était douloureux: mon envie de vomir était si forte!
Rien que de l'entendre ronfler à mes côtés, de sentir son odeur…
Tout me dégoutait en lui, je supportais de moins en moins le fait de partager mon lit avec lui. Je ne le supportais plus tout court.
De plus en plus fatiguée et stressée, je sentais mes nerfs lâcher.
Ses chaussures pourries, le fait de ne pas se doucher après une journée de boulot et se coucher tel quel avec l'odeur de frites mélangée à la sueur et l'odeur de pieds…
Un jour la coupe fut pleine, je jetai ses chaussures par la fenêtre.
Ma première rébellion, mes premiers cris.
Il était tellement surpris!
Je vis des larmes dans ses yeux.
Je m'excusai le soir même.
Il voulut enterrer la hache de guerre en essayant de me caresser.
Je vis où il voulait en venir et là, je compris que je ne pourrais plus lui prêter mon corps.
Car celui-ci appartenait au trésor qu'il renfermait.
Si je voulais en prendre soin, il ne faudrait que plus rien d'impur ne vienne me salir.
Plus rien.
Surtout pas lui.
Plus lui…
Il ne comprit pas mon refus.
Je lui expliquai qu'avec ma religion, le fait que je sois enceinte sans être mariée ne faisait que souligner notre situation "illégale" et que cela me "bloquait"…
Il décida que nous devions nous marier, nous achetâmes des alliances, allâmes à la mairie pour faire les papiers et fixer une date, je choisis une robe…
Tel un film de princesse où je jouais le premier rôle, je n'avais plus les pieds sur terre, j'étais en gravitation dans une pseudo-vie dont je perdais le contrôle.
Trouver des excuses, feindre la fatigue alors que j'étais terriblement déprimée, comment le repousser sans le vexer?
Comment essayer de me protéger alors que le malaise dormait dans mon lit?
Comment repousser le démon qui l'animait?
Comment mettre à l'abri un petit être dont l'hôte était si vulnérable?
Devant mes refus répétés, il devint de plus en plus frustré.
Je le sentais prêt à éclater.
Je ne me sentais pas prête à lui céder.
Je ne voulais plus le voir.
Je m'enfermais dans ma bulle.
Je me réfugiais toujours dans la chambre de mes parents et m'allongeais à la place de Maman.
Elle prenait soin de moi et rassurait Christophe en lui expliquant tous les états-d'âme que peut avoir une future mère.
Il n'entrait jamais dans cette pièce, il n'osait pas, par respect pour mes parents probablement.
C'était devenu mon sanctuaire, mon refuge.
Je pouvais fermer les yeux sans crainte et rêver à mon bébé.
J'avais démissionné de mon emploi.
Au lieu de me mettre en arrêt maladie, par fierté et surtout ne pas être un poids pour eux. Mais j'étais trop faible pour continuer à ce rythme effréné.
Cela avait assené un coup à mon moral fragile.
Je me sentais terriblement seule...
Je savais que c'était une fille.
Je voulais une fille.
Je ne voulais que des filles.
Les hommes à mes yeux étaient tous pourris.
Je ne voulais surtout pas prendre le risque d'engendrer une chose pareille.
Je voulais tout lui donner, trouver une situation stable, avoir un travail bien rémunéré avec des horaires meilleures, reprendre mes études, trouver un petit chez nous que je décorerais de toutes les couleurs…
Reprendre espoir dans ce trou noir qui m'attirait vers le fond.
Mais lorsque je pensais à ma fille, j'entrais dans une léthargie délicieuse, chaque minute je construisais un petit bout de ce petit être qui allait transformer ma vie, qui était en train de me redonner espoir, foi en la vie que je désirais…
Et Christophe n'apparaissait dans aucun de mes projets…
Un après-midi, j'étais en train de lire un magazine sur les futures mamans lorsque ma mère vint me dire qu'elle partait avec mon père faire les courses.
Mon petit frère était devant sa console et Christophe devant la sienne.
Les musiques de leurs jeux me parvenaient de derrière la porte.
J'aimais qu'elle reste fermée.
Je levai les yeux de ma lecture et observai encore une fois tous ces petits objets rassurants que Maman collectionnait depuis toutes les années de notre enfance…
Alignés joliment dans sa bibliothèque, devant tous ses livres, ils imprégnaient la chambre de douceur et d'amour.
J'aimais sentir l'odeur de son oreiller, voir sa dernière lecture sur sa table de nuit, la page gardée avec le dernier petit mot que je lui avais écrit.
J'étais encore dans ma contemplation, le sourire aux lèvres, lorsque je vis la poignée de la porte s'abaisser tout doucement: c'était lui, il se tenait là, devant le lit, il avait refermé soigneusement ce que je pensais être mon meilleur bouclier.
Puis dans un souffle, il me dit "j'ai envie de toi...".
Non, non, NON!
Pas ici, pas comme ça, pas ici!
Je
ne pouvais crier ni dire quoi que ce soit, de crainte que mon petit
frère nous entende.
Juste prier pour que ce soit rapide, très rapide.
Puis il sortit, me laissant mortifiée…
Je me rhabillai tant bien que mal, remis à la hâte le couvre-lit chiffonné de mes parents, lorsque j'entendis la porte d'entrée.
Maman entra, s'inquiétant de voir si tout allait bien.
Surtout ne rien montrer, ne rien laisser paraître, la honte me terrassa et je ne pus que pleurer.
Elle vit mes larmes et m'entoura de ses bras.
Je lui dis dans un sanglot que ça passerait, que c'était juste un coup de blues…
Un de plus…
Dur, dur d'être future mère, galère d'être dépressive…
Je préférais passer comme telle plutôt que d'avoir à m'expliquer, rendre des comptes, avoir à avouer que je n'étais plus qu'une loque, une merde sur un trottoir, avouer que j'étais faible et que je ne saurais jamais me défendre…
Je lui annonçai à ce moment-là que je n'aimais plus Christophe et que je souhaitais qu'il s'en aille.
Interloquée, elle me regarda droit dans les yeux sans trop comprendre, elle l'aimait tant!
Il était si poli, si courtois, c'était, à mes dires, le prince charmant dont toutes les jeunes filles rêvaient!
Mais le message que je pus lui transmettre dans mon regard lui fit comprendre immédiatement que j'étais très sérieuse et que je ne changerais pas d'avis...
dimanche 30 octobre 2005
Traces (chanson)
De jour en jour la vie défile
De nuit en nuit je me défile
Toute ma vie, tu la voles
Toutes les nuits, je m'envole
Ton regard me salit, tes mains me blessent
Ta voix me trahis, arrête ces caresses
Je veux que ça cesse, il faut que ça cesse
Le temps passe, reste les traces
De blessures qui finissent







