A l'imparfait

Parce que personne n'est parfait, pour arriver à pardonner, pour pouvoir me libérer

à tous!
Bonjour! Voici la première partie du livre que je suis en train d'écrire.
Venez au fond de mon abîme...


dimanche 30 octobre 2005

Traces

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Mon père et mes frères ne comprirent pas non plus pourquoi d'un seul coup je décidai de rompre avec le père de mon enfant.


Et celui-ci non plus!

Il passait plus de temps à poser des questions à ma famille qu'à moi-même.

Il avait peur de moi.

Je compris que sans moi il risquait de s'effondrer.

Mais même si je me sentais terriblement coupable de le faire souffrir, je ne pouvais plus continuer ainsi.

Christophe m'aimait.

A sa manière.

J'étais la première fille qui avait bien voulu de lui.

Il me faisait pitié, car à part ses magnifiques yeux bleus, il n'était pas gâté par la nature.


De plus il ne se lavait pour ainsi dire presque jamais (il masquait son odeur nauséabonde par la moitié de la bombe de déodorant le matin), avait plein de boutons sur le corps et exigeait que je les lui perce tous régulièrement, et sa manière de s'habiller ne l'avantageait pas du tout du fait de son embonpoint.


J'avais senti au début que j'étais la seule à pouvoir le sortir de là, mais après quatre mois de relation  et deux mois de grossesse, j'étais complètement découragée.


Il aimait raconter à tout le monde qu'il était fou de moi et que j'étais la femme de sa vie...


Devant son hésitation à partir de la maison (surtout parce qu'il avait peur de rentrer chez sa mère), ne supportant plus de le croiser dans le couloir et voyant que ma famille, sidérée par ma froideur, n'était pas assez ferme avec lui, un soir je partis me promener…


Je réalisai que je n'avais même plus envie de rentrer chez moi!


Partir loin…

Un vent glacé fouettait mes joues ce soir-là et j'eus soudain soif de liberté!


La dernière fois que j'avais ressenti une telle chose, c'était la fameuse soirée qui m'avait coûtée le prix de ma pureté.

Vouloir vivre libre un soir pour s'emprisonner le reste de son existence…


Cette pseudo liberté m'avait coûtée cher et je vivais très mal ma culpabilité.

Personne à qui parler, mes seuls amis qui étaient de l'Église m'avaient tournés le dos, gênés de savoir que j'avais "couché", que j'étais enceinte d'un type non-membre, avec lequel je n'étais même pas mariée!


Mes pas de plus en plus rapides me menèrent instinctivement à la gare…

Je me retrouvai sur le quai, les yeux rivés sur les rails.

Des milliers de cigarettes jonchaient le sol.

Tant de minutes grillées à attendre…

Attendre un train, vers une destination connue ou pas, attendre que quelque chose de palpitant arrive, une lueur d'espoir pour casser cette routine infernale que chacun hait intérieurement.

Cette routine qui nous étouffe, ne nous laissant pas d'autre choix que de subir…

Subir le sort auquel nous sommes tous destinés.


Je décidai que je ne serais pas comme les autres, que je ne n'abandonnerais pas ma vie à son triste sort; je bousculerais toutes ces machines bien huilées, ces gens automatisés; je trouverais ma liberté, je ne la laisserais pas s'échapper, je parcourrais la terre entière à sa recherche…


Un train entra en gare dans un vacarme assourdissant et je me mis à hurler en même temps que lui: un cri qui m'arracha les tripes, m'emplissant de frissons délicieux.

Sans hésitation, je grimpai dans le wagon face à moi...

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La sonnerie annonçant la fermeture des portes me fit sursauter: j'eus l'impression d'être en train de faire quelque chose de très mal, mais je savourai chaque seconde.

Voyager sans ticket, sans permission, sans destination.

Aller vers une horizon inconnue, à une plus grande vitesse que mes propres pensées.

Fuir sans un regret, sans un regard en arrière.

Le vent de la vitesse sèche les larmes du cœur, redonne l'espoir d'un meilleur lendemain.

Les vibrations de la machine me bercèrent dans ma douce euphorie.

Je regardai le paysage défiler sur un fond de crépuscule rouge.

Je vis dans la vitre le reflet de tous mes proches qui m'observaient sans plus pouvoir m'atteindre.

Ma mère pleurant, mon père embêté, mes frères inquiets, l'un en colère, l'autre triste; Christophe ne comprenant toujours pas…

Mais plus le train avançait, plus la culpabilité s'éloignait.


Ne plus penser à rien, faire le vide…

J'inspirai profondément et expirai dans un profond soupir qui vida tout mon stress.

Désormais regarder devant moi.

Je ne savais plus trop de quoi serait fait demain, mais tout ce que je savais c'est que ce soir-là était MA soirée.


Une voix annonça l'entrée en gare de Paris.

Descendre le marchepied ne me fit pas descendre de mon nuage.

J'errai au hasard dans la gare, puis enjambai le tourniquet du métro.

J'eus envie de la voir.

Cette arche de la défense.

Moi qui ne savais pas me défendre, peut-être aurais-je une révélation une fois dessous…


Les gens de la rame me regardaient tous de travers.

Je ne compris pas sur le coup, puis j'aperçus mon visage dans la porte.

J'avais dû pleurer, le rimel de mes yeux barbouillait mes joues, me donnant une expression de clown triste.

Je m'essuyai furtivement du revers de ma manche, honteuse.

Car pleurer avait toujours été une humiliation, une faiblesse.

J'énervais toujours mon père avec mes larmes, cela l'agaçait.


Je me demandai soudain depuis quand je n'avais pas souris, ou même ri.

Je me demandai si un jour un peu de joie effleurerait à nouveau mes lèvres.

L'image que me renvoyait la fille face à moi était celle d'une jeune fille, avec des rides invisibles; un début de femme, abattue en plein vol; une enfant aux yeux cernés de malheurs, une personne usée sous le poids de ses drames subis…


La porte s'ouvrit, me soufflant au visage d'oublier ce reflet insoutenable.

Une fois des escaliers interminables gravis, je me retrouvai à la surface, cette fameuse arche me toisant, immense, prétentieuse.

Je m'assis sur ses marches, sa lumière rassurante derrière moi.

Et maintenant?

Je me mis à frissonner, je n'avais rien pris sur moi.

Ni veste, ni argent, rien.

Si!

J'avais 1 franc dans ma poche, de quoi appeler quelqu'un.

Je me dirigeai vers une cabine.

En tête je n'avais que deux numéros.

Celui de la maison, et celui de mon meilleur ami dont je n'avais aucune nouvelle depuis quatre mois.


Au son de ma voix, il comprit de suite que je n'allais pas bien du tout.

Il me demanda où j'étais et me dit de ne surtout pas bouger.

Il arriva 30 minutes plus tard.

Je le vis traverser le parvis du haut de mon trône de lumière.

Sa démarche assurée, dans son blouson de cuir.

Parvenu à ma hauteur, il l'enleva de suite pour me le mettre sur mes épaules.

Touchée par cette marque d'attention, je fondis en larmes, de gros sanglots m'empêchèrent de parler.

Il me prit dans ses bras et me répéta tout doucement à l'oreille: "Vas-y, pleure, il faut que ça sorte, lâche tout, je suis là, je suis là…"


J'étais très amoureuse de Jules; depuis deux ans que je le connaissais, son beau visage me hantait.

Nous avions un énorme point commun: la patinoire.

Il patinais……comme un dieu.

Il enflammait la glace sur son passage, et mon cœur avec.

C'est lui qui m'avait apprise à glisser comme un hockeyeur!


Puis le jour de mes 16 ans, toute décidée à enfin lui avouer ma flamme, au risque de briser notre amitié, je lui demandai d'être le DJ à la soirée que mes parents m'avaient autorisée à faire!

La soirée de ma vie!

Il mit mon slow préféré, m'invita à danser, et je lui dis:" Je crois que je suis amoureuse de quelqu'un, mais je ne sais pas comment lui dire…"

Il répondit:

"Ah ouais? Moi aussi! Et tu la connais très bien."

Mon cœur ne fit qu'un bond!

Nous étions décidément sur la même longueur d'onde, enfin, c'est du moins ce que je croyais, jusqu'à ce qu'il me demande 2 secondes après de lui arranger le coup avec…ma meilleure amie…

Je fis la bêtise d'aller confier ma déception à celle-ci, car une semaine après, ils sortaient ensemble.


Depuis, on s'étaient revus plusieurs fois, mais jamais je n'avais pu lui exprimer à quel point mon cœur se serrait en pensant à lui…

Et là, rêve impossible, j'étais blottie au creux de ses bras, mais enceinte d'un autre.


Il dut ressentir l'énormité de ma détresse.

Il ne resta sans voix, me regarda d'un air désolé, puis attendit patiemment que ça sorte.

Je commençai par rassembler mes idées, puis je lui dis tout.

De A à Z.

D'un seul trait, sans m'arrêter.

Faisant de grand gestes avec mes bras.

Lorsqu'il apprit que j'étais enceinte, il devint tout chose, me posa plein de questions, si je sentais le bébé, si j'étais malade…

Soudain il se leva, et me prit le bras, m'avoua d'un air penaud qu'il s'était fait accompagné par son père qui l'attendait dans la voiture.

Il m'entraina avec lui et glissa deux mots à l'oreille de celui qui devait patienter depuis au moins deux heures.

Me souriant, d'un air rassurant, il m'ouvrit la portière de la voiture et ma dit de ne pas m'inquiéter, qu'après une bonne nuit de sommeil, on y verrait plus clair.


Des anges-gardiens, tout le monde en a.

Moi j'en ai eu plusieurs, heureusement...

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Je me suis mise en totale coupure de mon foyer durant une semaine.

J'étais bien chez Jules, ils prenaient soin de moi, mais toutes ces nausées!

C'était pour moi une épreuve de sourire poliment alors que la nourriture posée sur la table et préparée avec amour m'horripilait!

Je mangeais pour ne pas leur faire de peine, puis j'allais vomir discrètement dans les toilettes…


Etrangement cette séparation me rendit neutre.

Je ne ressentais plus rien à l'égard des autres.

Ni haine, ni amour, ni dégoût, ni affection.

J'étais vidée de mes sentiments, même de mon corps qui était monopolisé par le petit être qui grandissait en moi.

Je n'en voulais à personne, je n'aimais plus personne.

Je n'étais rien, j'étais juste tout pour mon bébé.

Je me refermais sur lui, me concentrais sur le moindre mouvement dans mon ventre.

Je n'étais enceinte que de 2 mois et je sentais quelque chose de vivant dans la bulle que devenait mon ventre.

J'aimais cette sensation, l'impression d'être en apnée jusqu'à ce que cette chose merveilleuse arrive enfin.


Je ne suis rentrée à la maison que lorsque l'on m'a assurée que Christophe était enfin parti. Mais à peine passé le seuil de la porte, je l'aperçus au bout du couloir.

Je voulus faire demi-tour, mais Maman me retint, m'expliquant qu'il était juste venu récupérer le reste de ses affaires et surtout pour me dire au revoir, ce qu'elle estimait être légitime.

Je scrutai le visage de ma mère, furieuse, trahie; mais je réalisai soudain qu'elle ne savait rien de ma souffrance, de mon calvaire.

Elle avait pensé faire bien, espérant peut-être que je mesurerais toutes les conséquences de mon choix.

Et je sus que c'était elle qui ne pouvait rien mesurer…

Alors je me forçai.

Une fois de plus.

Faire bonne figure, ne rien transparaître, juste la fermeté de ma décision.

Tant pis si je passai pour le bourreau du cœur du père de mon enfant…

Tant pis si je passai pour une future jeune maman capricieuse inconsciente du mal qu'elle faisait!


Je pense que voyant qu'il avait mes parents de son côté, Christophe en rajouta.

Larmoyant, il m'offrit deux cadeaux.

Une écharpe pour moi et un pyjama pour le bébé.

Je le remerciai poliment, froidement, acceptant de bonne grâce cette écharpe affreuse qui aurait pu être jolie si elle n'était pas venue de lui et ce pyjama bleu taille 1 an qui n'irait certainement jamais à ma toute petite fille…


Il passa la porte à reculons en pleurant, mais je ne ressentis rien.

Plus de pitié, plu de culpabilité.

Je tournai le dos sans un mot et m'enfermai dans ma chambre.

Je l'entendis revenir, il avait oublié quelque chose dans une autre pièce.

Ma mère entra doucement et me demanda si j'acceptais qu'il vienne m'embrasser une dernière fois.

Chose que je refusai catégoriquement.


Lorsque la porte d'entrée claqua enfin, je fus enfin soulagée.

Je me sentis libérée d'un gros poids sur l'estomac.

Ma respiration se fit plus lente et mon corps meurtri se détendit totalement.

J'entrai dans une léthargie délicieuse.


Je ne sais plus combien de temps je dormis, mais lorsque j'ouvris les yeux, il faisait nuit. Pendant un moment j'arrêtai de respirer, écoutant les bruits de l'appartement.

Puis je ris toute seule nerveusement me remémorant les évènements récents.

Je n'avais plus de raison d'avoir peur!

Mais je ressentis le besoin d'aller vérifier par moi-même dans chaque pièce qu'il n'était vraiment plus là…


Parti.

Le prince charmant.

Je continuai de rire, je me mis à danser dans le couloir, à valser sur moi-même jusqu'à en avoir le tournis.


Je m'arrêtai face à mon petit frère.

Je le pris dans mes bras et le serrai fort, je lui dis que je l'aimais, que j'aurais plus de temps pour m' occuper de lui désormais.

Il ne comprit pas grand-chose à mon euphorie, mais me sourit, heureux de me voir sourire enfin!

Nous n'avions pas besoin de nous parler pour nous comprendre et je sais qu'il comprit du haut de ses 12 ans à quel point ce jour était important pour moi: le début d'un monde meilleur….

Posté par Tochetoche à 22:01 - Livre - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

La suite

Alors là bravo! Moi aussi je veux la suite! ;-)

Posté par <Forever Sun>, lundi 31 octobre 2005 à 08:21

Ma copine, tu as entièrement raison, là, c'est l'état d'esprit que j'avais à 17 ans, après, ça rigole plus! Lol!
La suite ce soir... ;-)

Bisous!!

Posté par <Stella>, lundi 31 octobre 2005 à 11:27

J'ai commencé à lire ton histoire la semaine dernière sans laisser de commentaire... et puis le hasard t'a emmené vers chez moi ce week-end... c'est marrant...
Maintenant je suis impatiente de lire où ce train t'a mené...

Posté par <Noisette>, lundi 31 octobre 2005 à 13:57

Noisette!

Ca me fait plaisir d'avoir un com' de toi! Contente que mon histoire te plaise, bisous et à bientôt!!
P.S. Allez chez Noisette, c'est trop top!!

Posté par <Stella>, lundi 31 octobre 2005 à 21:46

la suiiiiiiite

j'attend la suite avec impatience, j'ai devoré ce passage aussi palpitant que trop court LOL
et c'est vrai qu'a 17 ans on essaie toujours de trouver des excuses aux personnes qui nous font du mal, et ca m'arrive encore de temps en temps surtout avec les personnes que j'aime, mais abstruse a raison, pardonner c'est cautionner...alors il faut hurler son desaccord! c'est ce que je me suis promis de faire mais je sais pas si je vais y arriver...
gros bisous qui fait mmmmmmooooooooooouuuuuuuuuuaa

Posté par <revesdefee>, mardi 1 novembre 2005 à 11:59

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