dimanche 16 octobre 2005
Prise de conscience
Je travaillais dur au Mc Do.
Je venais d'être promue hôtesse malgré mon jeune âge.
J'étais très fière, mon travail me plaisais et je me donnais à fond.
J'aimais servir les gens, leur parler.
Si je voyais une personne renfrognée, ma mission était de lui rendre son sourire.
J'étais comme un petit soleil envoyé en mission pour réchauffer les cœur dans un endroit où tout le monde était pressé, se bousculait, criait.
Mes collègues m'aimaient tous.
J'étais patiente, je ne m'énervais jamais, face aux insultes, je savais réagir avec diplomatie et politesse.
Je pensais que Mc Do était ma vocation.
Je voulais devenir gérante, donc pour cela, je m'investissais à cent pour cent.
A la base je voulais économiser pour entrer dans une école de stylisme, mais la vie active me plaisait tellement que je me voyais mal retourner sur un banc d'école...
Christophe était en cuisine.
De derrière le "bin" (endroit où on emballe les sandwiches), il surveillait tout ce que je faisais. Il était très jaloux.
Dès qu'il voyait un homme trop me sourire, j'avais droit à une scène le soir en rentrant.
La plupart du temps je ne me rappelais même plus des clients dont il me parlait.
Il croyait que je lui mentais, que je me moquais de lui.
Il s'imaginait que parce que j'étais trop souriante, j'allumais tous ceux que je rencontrais.
Cela m'ébranlait.
Il voyait le mal partout.
Mais il n'a jamais pu éteindre cette flamme qui m'animait et qui m'anime toujours; ni nuire à la mission que m'avait confié le soleil…
Tout le mal que l'on pouvait me faire, mon corps l'encaissait, l'emmagasinait, le conservait; mais ne pouvait le rendre.
Tel une immense éponge absorbant la laideur humaine, la grisaille, le tonnerre, le verglas, la bruine cinglante, le froid humide…
Tout ce qui glace, ce qui fait frissonner, sans jamais pouvoir se réchauffer.
Tout mon être intérieur stockait le mal, puis le transformait en amour, en sourires, en pardon, en patience…
J'étais en attente d'un monde meilleur et me disais qu'en donnant tout ce que je pouvais, j'aurais une chance que les choses changent un peu plus vite.
Je ne pouvais pas renier ce que ma maman m'avait enseigner: donner sans compter, aimer sans réfléchir, aider sans retour; car j'étais comme elle, je la comprenais.
Et elle me comprenait.
Elle ne savait pas ce que j'endurais avec celui qui était censé être l'homme de ma vie…
Je la rassurais constamment, lui faisant croire que j'étais très amoureuse et qu'il me comblait de bonheur.
Je savais que si elle apprenait l'enfer que je vivais, elle ne le supporterait pas.
Elle souffrirait encore plus que moi.
Je préférais la protéger le plus possible de toutes les choses laides et sales face auxquelles elle s'était toujours soustraite.
Elle préférait s'imaginer que dehors était aussi beau et pur que dans son cœur.
Et je tenais à ce qu'elle continue de croire à cette utopie.
S'il en était autrement je sentais que cela l'anéantirait...
Puis je me mis à me poser tout un tas de questions, si l'amour avec lui était comme ce que tous les couples standards font.
J'envisageais de passer le reste de mon existence avec lui, mais je me demandais si avec un autre, je ressentirais le même dégoût.
Tous les jours je prenais le bus pour aller à la gare et c'était souvent le même chauffeur.
Il était beau, mince, un petit côté rital avec sa peau mate.
Il était très gentil et j'avais l'air de lui plaire.
Souvent il ne me faisait pas payer et je restais à l'avant pour discuter avec lui de tout et de rien.
Puis un jour il se confia à moi à propos de sa copine qui venait de le quitter, il était triste et je lui sortis plein d'idioties pour lui remonter le moral!
Je lui confiai alors mes soucis et il me dit que si je n'essayais pas de faire l'amour avec un autre homme, je ne saurais probablement jamais si mes sentiments pour Christophe étaient sincères.
Et puis, je n'avais jamais eu d'orgasme, ce que j'avais envie de découvrir...
Une autre fois, il me donna rendez-vous après mon travail, Christophe devant travailler très tard, je partis avec mon conducteur de bus dans sa voiture...
Je me sentis très gênée, avec l'impression de faire l'école buissonnière.
J'avais ma tenue Mc do, je sentais la frite et j'avais les cheveux gras: bref, je devais ressembler à un épouvantail!!
Il chercha un coin retiré dans la ville voisine et il se gara dans un chemin en terre, au milieu des champs.
La nuit tombait et j'étais morte de trouille.
Pour le décourager, je lui annonçai que j'avais mes règles, mais ce n'est pas ce qui l'arrêta!
Il me demanda de descendre mon pantalon pendant qu'il avait déjà enlevé le sien.
Je retirai une de mes chaussures pleines de graisse et réalisai avec horreur que mes pied sentaient le chat crevé!
Je jetai discrètement la chaussure par la fenêtre, honteuse.
Je compris ce soir-là la différence entre "faire l'amour" et "baiser".
Ce fut très court (heureusement), l'étalon italien s'était bien vanté sur ses mérites au lit, mais dans une voiture, il perdit de sa superbe: ridicule le monsieur!
Soudain on entendit du bruit. Deux promeneurs avançaient vers nous!
Panique à bord! Le don Juan enfila son jean plus vite que l'éclair tandis que je couvris tant bien que mal ma nudité avec ma chemise.
Arrivés à notre hauteur, goguenard, l'un d'entre eux nous signala qu'une chaussure se trouvait à terre...
Mortifiée, je le remerciai poliment et attendis qu'ils s'éloignent avant de me rhabiller et de récupérer ma pauvre chaussure errant lamentablement dans l'herbe.
De retour chez moi, je filai dans ma chambre sans un mot, pris une quinzaine de douche et me décidai à tout raconter à Christophe dès le lendemain.
Il m'aimait tellement qu'il pleura, mais me pardonna...
Je me sentis soulagée de lui avoir dit, mais inconsciemment, j'aurais été beaucoup plus soulagée
qu'il s'en aille...
Puis je suis tombée enceinte...
Malgré mes angoisses et mes doutes, je me sentis plus forte que jamais, plus heureuse que jamais...
Le premier mois de ma grossesse, je l'ai passé à essayer de réaliser.
J'écoutais mon corps, je m'observais de longues minutes devant le miroir de la salle de bain, voir si mon ventre changeait, s'il grossissait.
Puis vinrent les nausées matinales.
Chaque réveil était douloureux: mon envie de vomir était si forte!
Rien que de l'entendre ronfler à mes côtés, de sentir son odeur…
Tout me dégoutait en lui, je supportais de moins en moins le fait de partager mon lit avec lui. Je ne le supportais plus tout court.
De plus en plus fatiguée et stressée, je sentais mes nerfs lâcher.
Ses chaussures pourries, le fait de ne pas se doucher après une journée de boulot et se coucher tel quel avec l'odeur de frites mélangée à la sueur et l'odeur de pieds…
Un jour la coupe fut pleine, je jetai ses chaussures par la fenêtre.
Ma première rébellion, mes premiers cris.
Il était tellement surpris!
Je vis des larmes dans ses yeux.
Je m'excusai le soir même.
Il voulut enterrer la hache de guerre en essayant de me caresser.
Je vis où il voulait en venir et là, je compris que je ne pourrais plus lui prêter mon corps.
Car celui-ci appartenait au trésor qu'il renfermait.
Si je voulais en prendre soin, il ne faudrait que plus rien d'impur ne vienne me salir.
Plus rien.
Surtout pas lui.
Plus lui…
Il ne comprit pas mon refus.
Je lui expliquai qu'avec ma religion, le fait que je sois enceinte sans être mariée ne faisait que souligner notre situation "illégale" et que cela me "bloquait"…
Il décida que nous devions nous marier, nous achetâmes des alliances, allâmes à la mairie pour faire les papiers et fixer une date, je choisis une robe…
Tel un film de princesse où je jouais le premier rôle, je n'avais plus les pieds sur terre, j'étais en gravitation dans une pseudo-vie dont je perdais le contrôle.
Trouver des excuses, feindre la fatigue alors que j'étais terriblement déprimée, comment le repousser sans le vexer?
Comment essayer de me protéger alors que le malaise dormait dans mon lit?
Comment repousser le démon qui l'animait?
Comment mettre à l'abri un petit être dont l'hôte était si vulnérable?
Devant mes refus répétés, il devint de plus en plus frustré.
Je le sentais prêt à éclater.
Je ne me sentais pas prête à lui céder.
Je ne voulais plus le voir.
Je m'enfermais dans ma bulle.
Je me réfugiais toujours dans la chambre de mes parents et m'allongeais à la place de Maman.
Elle prenait soin de moi et rassurait Christophe en lui expliquant tous les états-d'âme que peut avoir une future mère.
Il n'entrait jamais dans cette pièce, il n'osait pas, par respect pour mes parents probablement.
C'était devenu mon sanctuaire, mon refuge.
Je pouvais fermer les yeux sans crainte et rêver à mon bébé.
J'avais démissionné de mon emploi.
Au lieu de me mettre en arrêt maladie, par fierté et surtout ne pas être un poids pour eux. Mais j'étais trop faible pour continuer à ce rythme effréné.
Cela avait assené un coup à mon moral fragile.
Je me sentais terriblement seule...
Je savais que c'était une fille.
Je voulais une fille.
Je ne voulais que des filles.
Les hommes à mes yeux étaient tous pourris.
Je ne voulais surtout pas prendre le risque d'engendrer une chose pareille.
Je voulais tout lui donner, trouver une situation stable, avoir un travail bien rémunéré avec des horaires meilleures, reprendre mes études, trouver un petit chez nous que je décorerais de toutes les couleurs…
Reprendre espoir dans ce trou noir qui m'attirait vers le fond.
Mais lorsque je pensais à ma fille, j'entrais dans une léthargie délicieuse, chaque minute je construisais un petit bout de ce petit être qui allait transformer ma vie, qui était en train de me redonner espoir, foi en la vie que je désirais…
Et Christophe n'apparaissait dans aucun de mes projets…
Un après-midi, j'étais en train de lire un magazine sur les futures mamans lorsque ma mère vint me dire qu'elle partait avec mon père faire les courses.
Mon petit frère était devant sa console et Christophe devant la sienne.
Les musiques de leurs jeux me parvenaient de derrière la porte.
J'aimais qu'elle reste fermée.
Je levai les yeux de ma lecture et observai encore une fois tous ces petits objets rassurants que Maman collectionnait depuis toutes les années de notre enfance…
Alignés joliment dans sa bibliothèque, devant tous ses livres, ils imprégnaient la chambre de douceur et d'amour.
J'aimais sentir l'odeur de son oreiller, voir sa dernière lecture sur sa table de nuit, la page gardée avec le dernier petit mot que je lui avais écrit.
J'étais encore dans ma contemplation, le sourire aux lèvres, lorsque je vis la poignée de la porte s'abaisser tout doucement: c'était lui, il se tenait là, devant le lit, il avait refermé soigneusement ce que je pensais être mon meilleur bouclier.
Puis dans un souffle, il me dit "j'ai envie de toi...".
Non, non, NON!
Pas ici, pas comme ça, pas ici!
Je
ne pouvais crier ni dire quoi que ce soit, de crainte que mon petit
frère nous entende.
Juste prier pour que ce soit rapide, très rapide.
Puis il sortit, me laissant mortifiée…
Je me rhabillai tant bien que mal, remis à la hâte le couvre-lit chiffonné de mes parents, lorsque j'entendis la porte d'entrée.
Maman entra, s'inquiétant de voir si tout allait bien.
Surtout ne rien montrer, ne rien laisser paraître, la honte me terrassa et je ne pus que pleurer.
Elle vit mes larmes et m'entoura de ses bras.
Je lui dis dans un sanglot que ça passerait, que c'était juste un coup de blues…
Un de plus…
Dur, dur d'être future mère, galère d'être dépressive…
Je préférais passer comme telle plutôt que d'avoir à m'expliquer, rendre des comptes, avoir à avouer que je n'étais plus qu'une loque, une merde sur un trottoir, avouer que j'étais faible et que je ne saurais jamais me défendre…
Je lui annonçai à ce moment-là que je n'aimais plus Christophe et que je souhaitais qu'il s'en aille.
Interloquée, elle me regarda droit dans les yeux sans trop comprendre, elle l'aimait tant!
Il était si poli, si courtois, c'était, à mes dires, le prince charmant dont toutes les jeunes filles rêvaient!
Mais le message que je pus lui transmettre dans mon regard lui fit comprendre immédiatement que j'étais très sérieuse et que je ne changerais pas d'avis...
Commentaires
Lumineux! renversant! digne d'une Reine, précieuse Stella...
D'une force d'âme inouïe...
Merci Isis! Une petite voix m'a dit qui tu étais et je suis ravie que mon blog te plaise...
Gros bisous...
...
c'est chouette de te découvrir de cette façon
j'attendais ton texte avec impatience
pas simple de vivre comme une façade qui a le sourire alors que tu pleures de l'interieur
mais ça forge un caractère en béton
j'attends la suite .......hiiiiiiii
Clin d'oeil!
Gros bisous jolie Stella!
irésistible
ton blog é mieu de jour en jour il é magnifike!!! comme toi il te refléte!!! tu é encor plus belle dans ton coeur !!! tout le monde t'aime et on n'ose même pas ce demendé pour koi car tu é telement ... (occun mot ne pe te califié)je te fé de gros bizouuuuuuuuuxxxxxxx é continu ton roman il é super bien écrit!!!!
c tout a fait ca
comment exprimer ce que je veux te dire???
jen sais rien mais je vais essayer...
ce que tu ecris la est merveilleux car c'est ce que jai ressentit en te voyant pour la premiere fois, tu laisse paraitre ton bonheur mais pas ton malheur...c'est ce que je mefforce de faire moi aussi meme si c'est dur, mais bon jai peur de faire mal aux personnes qui mentourrent en leur disant que je souffre, meme aux personnes qui mont fait du mal...enfin c'est bizarre comme reaction en meme temps: des personnes te font souffrir mais tu ne leur dit pas de peur de les faire souffrir!
quelle drole de vie...
bisous et a plus tard
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