A l'imparfait

Parce que personne n'est parfait, pour arriver à pardonner, pour pouvoir me libérer

à tous!
Bonjour! Voici la première partie du livre que je suis en train d'écrire.
Venez au fond de mon abîme...


dimanche 2 octobre 2005

Rien ne sera jamais plus comme avant

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Enceinte... Je suis enceinte!

Mon test à la main, assise sur les toilettes, je n'en croyais pas mes yeux. Je le voulais tellement fort que je ne pensais pas que la vie me ferait un tel cadeau. Car elle ne m'en avait pas fait jusqu'à présent.

Je me suis jurée à ce moment-là de donner à ce petit être tout ce que je n'avais pas reçu, histoire de me prouver que l'idéal de vie dont je rêvais pouvais exister; que tout cet amour que j'avais donné et qui avait été piétiné par la violence et l'indifférence ne s'était pas endormi au fin fond de mon chagrin. Je n'aurais plus rien à craindre désormais: le petit être qui allait grandir dans mon ventre me rendrait forte, purifierait mon corps meurtri, apaiserait mon âme blessée.

Revenue à la réalité, il fallait que je l'annonce aux autres.

Dans le couloir, deux directions, mais la première que je pris fut celle de la cuisine où se trouvait ma maman.

Elle lut la joie et l'excitation sur mon visage, nous nous mîmes à sauter de joie, elle avait compris. Elle savait que c'était ce que j'attendais depuis un petit moment déjà.

Pour Maman, l'annonce d'une naissance a toujours été une source de joie.

Elle avait donné la vie six fois et elle avait toujours rayonné dans son rôle de mère.

Aimante, douce et courageuse, elle s'évertuait à ce que tout soit parfait.

Elle faisait très attention à ce que nous nous sentions tous bien.

Régulièrement, elle me prenait à part et s'inquiétait de savoir si j'étais heureuse, si tout allait bien…

Timide et introvertie, elle avait peur de tout, des gens, des malheurs qui pourraient nous arriver.

Si on était joyeux, elle souriait, si on avait du chagrin, c'était la fin du monde...

Puis je partis le dire à Christophe, mon petit ami.

Devant sa console de jeu, lachant sa manette, il se leva, un grand sourire sur les lèvres et me pris dans ses bras, ça faisait des semaines qu'on attendait cet instant!

18 ans, un visage d'ange, fou amoureux de moi, mais je "subissais" son amour, je ne ressentais pas des sentiments aussi forts et j'en étais consciente, mais j'avais fait le pacte avec moi-même de me marier avec lui, malgré tous mes doutes, le pourquoi, tu le sauras par la suite....

La seule chose qui me consolait c'est que j'étais certaine qu'il ne réalisait pas le malaise que je vivais...

Maman l'annonça à mon père pour moi. Je ne voulais pas voir sa réaction.

"Comment ça??

Elle attend un enfant?

A 17 ans!!!

Mais elle est totalement inconsciente!!!

Ce n'est pas avec leurs petits boulots qu'ils vont subvenir aux besoins d'une quelconque progéniture!

Je te l'avais bien dit qu'il ne fallait pas héberger Christophe sous prétexte que sa mère l'avait fichu à la porte!

Bon soit, on a pu garder un œil sur eux, mais de là à forniquer sous mon toit??

Quel manque de respect!

On va se faire excommunier de l'église, que vais-je dire à l'évêque, moi maintenant!

Notre réputation est fichue!"

Comme d'habitude, Maman ne lui en tint pas rigueur, elle savait qu'il finirait par s'apaiser et qu'il accepterait la situation...


"C'est bon ma chérie, NOUS sommes de tout cœur avec toi, NOUS te soutiendrons quoi qu'il arrive, ne t'inquiète surtout pas, NOUS t'aimons!"

Incapable de dire en face ce qu'il pensait, incapable d'exprimer ses sentiments qu'il soient bons ou mauvais, tel était mon père...

Lunatique, des sautes d'humeur imprévisibles; parfois pour des choses graves il ne réagissait pas, que pour des évènements totalement bénins il explosait tous ceux qui l'énervaient.

Quinze jours plus tard, ma tante est venue nous rendre visite avec ses deux fils.

Le plus grand des deux était terrible à l'époque et face à mon petit frère Jonathan, le courant ne passait pas du tout.

Ils passèrent toute la matinée à se chamailler, ils criaient, s'énervaient.

Ma tante et ma mère, tellement heureuses de se retrouver, n'y prêtaient pas attention.

Voyant les choses s'envenimer, oubliant mes nausées, j'entrepris de stopper tout ce chahut quand au même moment, mon père apparu, l'expression de son visage ne présageant rien de bon.

Il se ruât vers Jonathan, l'empoigna rageusement par le bras, et disparût avec lui dans son antre.

Son regard avait glacé mon sang en quelque secondes, ce rictus mauvais qu'il avait toujours eu sur son masque de bourreau lorsqu'il s'apprêtait à nous infliger une sentence bien méritée.

Jamais il n'avait violenté mon petit frère, et cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas énervé.

La terreur s'empara de moi rien qu'à l'idée de ce que Nathan risquait de vivre dans les prochaines secondes!

Pleines d'images atroces défilèrent dans ma tête, retraçant les horreurs que j'avais subies étant petite...

Son visage rouge de haine, sa fureur le faisant trembler: j'avais chaque fois l'impression de subir un véritable tremblement de terre.

Sachant ce qui attendait mon petit frère, je devins hystérique, j'hurlais de toutes mes forces: "Il va le tuer! Il va le tuer!"

Ma mère et ma tante accoururent, surprises par mes cris.

Je tendis le bras vers la chambre où ils venaient de disparaitre en suppliant ma mère de l'arrêter.

Elle comprit immédiatement et fonça sur la porte, l'ouvrit à la volée et arracha mon petit frère de sa poigne de fer qui était en train de le secouer comme un prunier.

Elle lui dit calmement de sortir de la pièce.

Je m'étais réfugiée dans ma chambre, auprès de Christophe, espérant un peu de réconfort, il essaya de me calmer, sachant que je risquais une crise de spasmophilie à trop m'énerver.

La porte était restée ouverte et je l'aperçus planté là, dans la pénombre du couloir.

Une seule envie me vint à l'esprit: claquer ma porte et ne plus le voir, ce bourreau immonde qui m'avait foutu en l'air mon enfance, qui m'avait étouffée sous des oreillers pour que Maman n'entende pas mes cris lorsqu'il m'assenait des sentences injustes dans la nuit sous prétexte que j'avais fait encore et toujours des bêtises dans la journée.

Je ne pouvais jamais savoir quand ça allait me tomber dessus, car il ruminait toujours sa vengeance suite à mes impairs, cela pouvait tomber le lendemain, la semaine d'après…

Je ne parvenais à m'endormir qu'une fois certaine qu'il s'était couché.

La peur au ventre, j'écoutais le cœur battant le silence de la nuit, puis une fois que ses ronflements me parvenait au travers des murs, je pouvais enfin fermer les yeux, espérant ne pas me réveiller en sursaut, croyant avoir entendu un bruit.

J'ai toujours haïs la nuit, la peur du noir me terrasse encore et toujours...

Si seulement je pouvais claquer la porte à tous ces souvenirs insoutenables, claquer la porte à mon enfance, claquer la porte à ma souffrance!

J'eus l'audace de le regarder droit dans les yeux puis je claquai cette porte de toute ma rage; avec cet espoir fou que ça résoudrait mon malaise.

Cela fit sursauter Christophe.

Quelques corbeaux s'envolèrent de mon cerveau, effrayés, mais libres.

J'étais en train d'analyser si je me sentais soulagée ou pas, lorsqu'un ouragan s'abattit sur moi, me jeta sur mon lit, et à genoux sur moi, commença à me frapper le visage.

Ce n'est qu'à ce moment-là que je réalisais ce qui était en train de se passer.

Mon père en furie me défigurant de ses poings et le père de mon enfant me tirant par un bras en gémissant: "Arrêtez, arrêtez!"

Mais dans ses moments-là rien ne l'arrêtait, rien.

J'essayai de crier, mais un son rauque sortit de ma gorge nouée par la douleur.

Mes jambes brassaient le vide, ne parvenant pas à le repousser.

Humiliée, je portais ce jour-là une jupe assez courte et dans la bagarre elle était remontée jusqu'au niveau de ma taille. Subir ça fut pire que les coups en eux-mêmes.

"Je n'ai pas entendu la porte s'ouvrir, je n'ai pas entendu la porte!!": c'est la phrase qui martelait ma tête au point de m'assommer.

Ma mâchoire restais désespérément bloquée, mes oreilles sifflaient atrocement et les coups continuaient de pleuvoir, le tonnerre me grondait à la face que je n'avais que ce que je méritais, que ce que je cherchais…

J'attendais que la foudre m'achève, qu'elle vienne court-circuiter mon âme éclaboussée de violence, qu'elle brûle toute cette haine et cette injustice.

Il me sembla entendre les hurlements de ma mère, puis plus rien.

Lorsque je repris mes esprits, mon premier réflexe fut de baisser ma jupe.

Un gant humide glacé était appliqué sur mon front.

La voix de Maman me parvint de très loin.

Je ne parvenais pas à comprendre ce qu'elle disait.

Tout ce que je sais c'est qu'elle pleurait.

Portant les mains sur mon visage, je ne reconnus pas ce que je touchais.

J'eus la sensation d'avoir doublé de volume.

Mes yeux, mes joues, ma bouche, mes oreilles, tout était enflé.

Je bougeai mes jambes, mes bras, mes mains, mes pieds, apparemment tout fonctionnait correctement.

J'essayai de me redresser, tout mon corps était endolori et ma tête était lancinante. Je voulus voir le reflet du massacre.

Ma mère essaya de me retenir, mais je ne la regardai même pas.

Je haïssais tout le monde dans ces moments-là.

Surtout elle.

Elle qui lui pardonnait à chaque fois, ou du moins passait par-dessus, histoire de ne pas avoir d'histoires, histoire de tenir la promesse qu'elle avait faite le jour de son mariage, histoire de ne pas nous priver de père, histoire de vouloir vivre comme si tout allait bien, histoire de ne pas voir la réalité en face, car trop douloureuse…

Face à la glace, ma réalité me revint en pleine face et je devint de glace.

Des milliers de petits points de sang avaient remplacé ma peau qui par endroits était boursouflée ou bleue violacée.

Ma lèvre était fendue et du sang séché lézardait mon cou et avait collé mes cheveux sur ma nuque.

Comment surmonter ça?

Comment affronter les regards des autres?

J'aurais tellement voulu revenir en arrière, comment aurais-je pu l'éviter?

Je n'aurais pas dû claquer cette porte, je n'aurais pas dû protéger mon petit frère, je n'aurais pas dû m'en mêler.

Je n'aurais pas dû me lever ce matin.

Je n'aurais pas dû être sa fille…

Tête à claques…

Je l'avais bien cherché, je n'avais que ce que je méritais.

Je n'aurais jamais dû naitre et causer tant de chagrin chez ma mère et tant de rage chez mon père.

Briser ce miroir, casser ce reflet insoutenable, quitte à me taper 7 ans de malheur, peu importe.

Le front collé sur la glace, la colère monta crescendo.

Mais comment avait-il pu??

Il m'avait défigurée!

Tout ça pour avoir eu le culot de lui fermer la forte au nez!

Tout ça parce que sa fierté mal placée n'avait pas encaissé le choc!

N'avait-il pas compris que toutes les autres fois m'étaient revenues comme des mirages en plein ventre?

Son air mauvais, haineux, ce tonnerre qui grondait du fond de mes tripes chaque fois qu'il me cognait?

Il aurait pu avoir du remord de m'avoir effrayée de la sorte, se dire que ma réaction paniquée n'était qu'un des nombreux traumatismes gravés dans mon quotidien…

Pourquoi étais-je sa fille alors qu'il rejetait tout ce que j'étais, tout ce que je ressentais? Pourquoi ne pas s'arrêter une seconde, appuyer sur le bouton pause de la télécommande, voire retour rapide?

Et parler, oui parler, calmement, ou même en gueulant, mais parler!

Il aurait fallut qu'il me dise en face qu'il me détestait, qu'il ne supportait pas mes larmes, mes états d'âme, mon émotivité à fleur de peau…

Ou était parti ce père qui savait nous faire rire avec ses blagues drôlement bizarres, celui qui nous aurait offert la lune s'il avait pu, qui préférait faire des crédits plutôt que de nous priver de quoi que ce soit, qui aimait ces moments d'intimités volés à ma mère en nous emmenant secrètement au Mc Do, ou en nous achetant des trucs inutiles aux courses.

Lui qui aimait regarder les informations le soir, les sourcils froncés, face à l'actualité changeante; qui se passionnait d'histoire.

Qui avait toujours quelque chose à raconter, afin de meubler le silence, même la plus banale des chose, avec passion, il la transformait en quelque chose de cocasse.

Pardonner.

Face à lui le soir même, dans le salon devant le 20 heures, ne parvenant pas à monter le son de la télécommande, je baissai le mien intérieurement devant l'expression de douleur et de culpabilité que je perçus sur son visage anéanti de tristesse.

Ne pas parler.

Certaines choses se passent de commentaires, je voulais juste qu'il sente que je l'aime, effacer mon visage, face au sien torturé.

Mes bleus apparurent furtivement sur sa peau, l'espace d'un instant, suspendu dans un autre temps, dans une autre ère.

Telle fut ma vengeance, tel fut mon pardon.

Je le pris dans mes bras et d'un revers de la main, balayai toute ma rancœur pour ne laisser place qu'à mon amour pour lui.

Il me serra fort, je lui glissais furtivement à l'oreille "Je t'aime Papa".

Et dans un sanglot contenu, il répondit "moi aussi".

Cela valut à mes yeux tous les pardons du monde, et ça le vaut encore aujourd'hui.

Père sans point de repère.

Père sans connaitre son père.

Qui ne sait ni ce qu'il perd, ni ce qu'il sert.

Amer, il ne sait que faire.

Face à un désert, il se crée un enfer.

Pas d'exemple à suivre, peur de l'exemple qu'il donne.

Pas d'amour reçu, ignorance et perplexité face aux chagrins donnés.

Tant de questions sans réponses, détonateur de frustrations et de tabous.

Enchainé par son passé, la soupape de sécurité lâche parfois un long cri dans sa nuit.

Un cri sans bruit, étouffé devant la rage qu'il ne parvient plus à contenir.

Posté par Tochetoche à 00:15 - Livre - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Bouleversant

C'est puissant ce que tu viens d'écrire là, bouleversant d'émotion! Comme les autres fois, j'ai les larmes aux yeux mais celles-ci sont d'une autre nature.
Merci pour ces mots sur tes maux!

Posté par <Forever Sun>, dimanche 2 octobre 2005 à 08:37

magnifique!!

merci de me fére continué ton roman il é magnifique!!!!!! gro bizou é continu l'artiste!!!

Posté par <mag>, dimanche 2 octobre 2005 à 13:18

merci
pourquoi?
pour ecrire ce que tout enfant ressent face a un de ses parents en colere... on l'aime tellement qu'on se demande pourquoi il ne nous aime pas, et on se deteste, on se deteste de ne pas etre un enfant parfait, on se demande pourquoi on est comme on est, mais en meme temps on se demande pourquoi cette personne nous a creer si elle n'arrive pas a assumer ce qu'elle a creer! pourquoi faire un enfant si face a lui on perd tout controle? ou alors est ce notre faute, on est nait avec tellement de defaut que le parent ne veux plus de nous, il faudra changer pour qu'il ou elle nous aime, en fait on ne sais plus qui hair dans ces moments la:nous pour notre imperfection, ou la personne qu'on aime qui ne devrait pas se mettre dans de tels etats sil nous aimait vraiment?
que de questions surtout quand on ne sais pas ce que cache tout ca, quand on ne sais pas ce qu'est la vie d'adulte, mais en meme temps les difficultes d'une vie d'adulte ne peuvent pas tout expliquer....
voila ma totoche tu ma manqué je suis super contente de te retrouver et continue, ton roman est poignant
gros bisous

ps: embrasse bien fort les loulous aussi

Posté par <aurore>, dimanche 2 octobre 2005 à 18:47

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